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Marcel Renaudin (1922-2017) Un rescapé de Dachau (1ère partie). Jeunesse

Ancien rescapé du camp de concentration de Dachau, Marcel Renaudin vient de rejoindre sa femme et son fils Serge après 94 ans d'une vie bien remplie... Beaucoup de Lavallois le connaissaient car il n'hésitait jamais à répondre présent quand une école le sollicitait pour qu'il vienne expliquer aux jeunes ce qu'il avait vécu à cause des Allemands... En 2006, son fils Pierre me l'a fait rencontrer pour qu'ensemble nous écrivions sa vie. Le titre ne fut pas difficile à trouver : "15 mois dans l'enfer de Dachau". Voici son histoire...

Le fils d'Eugène Renaudin

Natif de Mortagne (dans l'Orne), Marcel Renaudin était l'aîné d'une famille qui verra naître cinq autres enfants. Le père, instituteur et directeur d'école, était, dans son genre, une célébrité.  

Il faut en effet savoir que ce chrétien fervent né en 1884 présentait deux particularités qui ajoutaient du prestige à son autorité professionnelle (très forte à l'époque) : il avait fait ses études au Canada chez les oblats et, pendant la première guerre mondiale, avait servi dans l'armée anglaise comme interprète.

Pourquoi ? Parce que, quand la guerre de 14 a été déclenchée, Eugène Renaudin était justement au Canada et, de ce fait, dans l'impossibilité de rentrer en France pour faire son devoir... Résultat : quand il est revenu, quelques mois après le début des hostilités, la France l'a pris pour un déserteur...

Heureusement, en expliquant sa situation aux autorités militaires françaises, les Anglais ont pu le disculper. Ils ont fait mieux : ayant fort besoin d'interprètes et sachant Eugène parfaitement bilingue ils ont demandé à la France de le leur "prêter" durant la durée de la guerre...

Demande acceptée ! Ainsi, le père de Marcel effectuera-t-il la "der des ders" avec un uniforme de l'armée britannique.

A une date que Marcel ne connaissait pas, Eugène sera aussi fait prisonnier par les Allemands. "Il s'est fait capturer par un Kommando alors qu'il était en compagnie de deux officiers anglais en train de prendre le thé, lequel était délicatement posé sur une petite table pliante..."

Eugène Renaudin a quitté cette vie en 1956.

Sa femme, une Bretonne de Saint-Méen-le-Grand, Françoise Pin, la mère de Marcel, a, elle, tiré sa révérence en 1969, à 83 ans, à Mamers. "C'était une femme douce, agréable et qui ne nous bousculait jamais."

Marcel entre au séminaire

Après l'Orne où il est né, Marcel a suivi géographiquement la carrière de son directeur d'école de père : la Sarthe puis Blois où Eugène fonda l'école Monsabré (du nom d'un dominicain célèbre) dans le faubourg de Vienne.

Marcel restera à Monsabré jusqu'au certificat d'études, qu'il ne peut néanmoins passer n'ayant pas l'âge requis.

Ensuite il entre comme pensionnaire au petit séminaire ou "pré-séminaire" Saint-François-de-Sales à Blois. Marcel a fait ce choix après une conversation avec le vicaire, qui trouvait que sa foi était de nature à lui dessiner un avenir religieux.

L'autre raison de cette entrée est liée aux relations difficiles que Marcel entretenait avec son père. "Il était très dur avec moi, n'hésitant jamais à me donner des roustes devant témoin. Cela était dû au fait que j'étais le fils aîné du directeur de l'école... A ce titre, je devait avoir un comportement exemplaire du matin au soir."

Et Marcel de poursuivre : "J'étais devenu le souffre-douleur de la famille et cela était vraiment pénible..."

Sa discipline préférée est le grec ancien et il réussira l'exploit de traduire "La Marseillaise" dans la langue d'Ulysse...

S'il soigne son âme et étudie avec intérêt les humanités, il s'occupe aussi d'entretenir son corps en pratiquant avec régularité la culture physique.

Ses deux bacs en poche Marcel entre au "grand séminaire" pour cinq années d'études. Les deux premières étaient consacrées à la philosophie et Marcel les effectuera en portant la soutane...

On l'appelle alors "l'abbé Renaudin".

Sera-t-il prêtre ? C'est possible mais rien n'est certain car la discipline imposée lui pose des problèmes. De plus, il ne sent guère l'élan nécessaire pour faire un tel choix. Mais il a deux ans devant lui pour se décider...

Enfin, ça c'est la théorie car un événement se prépare... Un événement mondial, la guerre de 39-45 qui va transformer sa vie...

Le 13 juin 1940, il lui faut quitter Blois, pour fuir vers le sud. Marcel est accompagné par un copain du Petit séminaire, Lucien Bunon. Il racontera cette expérience dans un "journal personnel" qui se trouve intégré dans "son" livre, entre les pages 19 et 33. Un épisode haut en couleur même si c'est de la "rigolade" par rapport à ce qu'il connaîtra ensuite à Nuremberg et à Dachau...

Le S.T.O. attend Marcel...

Pour gagner la guerre le Reich avait impérativement besoin de main d'oeuvre active pour remplacer ses travailleurs allemands mobilisés.

D'où la naissance du S.T.O. : Service du Travail Obligatoire...

"Pierre Laval, écrit l'historien Jean-Pierre Azéma dans son ouvrage "De Munich à la Libération", le 16 février 1943, mobilisait pour deux ans trois classes d'âge que le baby boom de l'après-guerre avait bien étoffées : tous les hommes nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922 devaient partir pour l'Allemagne."

Ce S.T.O. concernera environ 650 000 Français dont Marcel... qui reçoit sa convocation au grand séminaire.

Il n'est aucunement surpris car il est né le 21 janvier 1922 et n'exerce aucun des métiers officiellement exemptés de S.T.O. : mineur, pompier, cheminot, policier...

Pendant plusieurs jours, il fait le mort chez ses parents et réfléchit à la situation pendant que les gens de Loué (où vivaient désormais ses parents)... commencent à jaser : "Le fils Renaudin se planque..."

Au courant de sa situation, les gendarmes viennent dire à Marcel de "faire comme tout le monde, de retourner dare dare au grand séminaire et d'accepter de partir pour le S.T.O.

C'est aussi l'avis de son père Eugène, qui lui tient à peu près ce langage : "Pas question que tu apparaisses comme un planqué ! Tu dois partir, c'est la volonté de Dieu... Vas-y ! De toute façon, tu ne souffriras pas plus que moi pendant la première guerre mondiale !"

Et Marcel d'expliquer : "Comme on obéissait à ses parents à l'époque, j'ai fait ma valise et suis retourné au grand séminaire en ignorant que je partais pour une très longue période..."

Après celle de l'exode, une nouvelle aventure commence...

Fin de la première partie. A suivre...

 

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