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Rosières et prix de vertu

rosires

De 1903 à 1969, conformément au testament de Noémie Hamard (1836-1901), la Ville de Laval récompensa en grande pompe deux jeunes filles particulièrement vertueuses et méritantes. L’une était couronnée rosière et l’autre se voyait décerner un prix de vertu… 

 

La rosière

 

Datant de 1776, le terme de rosière désigne une jeune fille à qui, dans certains villages, on remettait solennellement une récompense (autrefois une couronne de roses) pour sa grande réputation de vertu.

Dans son testament, Mlle Hamard exige que «la sienne» soit «choisie parmi les filles d’ouvriers ou de domestiques nécessiteux domiciliés dans la commune de Laval». Cette rosière doit aussi « être de bonne santé, laborieuse, d’une moralité parfaite et être âgée de 18 ans au moins et de 25 ans au plus ».

 

Une fête publique

 

« De façon à donner à cette cérémonie le plus de solennité possible », Mlle Hamard impose que le couronnement de sa rosière coïncide avec une fête publique (la Ville choisira le 14 Juillet).

Elle souhaite également que l’heureuse élue se voit remettre « dans l’année de son couronnement, une somme » dont elle laisse à la Ville « le soin de fixer l’importance » (la Ville de Laval déterminera cette récompense à 1 000 francs de l’époque).

Enfin, elle demande que soit fait «le jour du couronnement, une donnée de pain aux pauvres de la commune de Laval».

Le prix de vertu

D’une valeur également fixée à 1 000 francs (mais cette fois, par Noémie elle-même), le prix de vertu est, lui, destiné à récompenser une jeune fille « qui se sera fait remarquer par son dévouement et ses soins à ses parents ou à ses maîtres ».

Bien sûr, cette jeune fille doit habiter et avoir une adresse à Laval. A une exception près toutefois : « dans le cas, écrit Noémie, où une jeune fille de ma famille se trouverait digne de ce prix, je désire qu’elle soit choisie de préférence à toute autre quand bien même elle ne serait pas domiciliée dans la commune de Laval. »

Autre précision: Noémie souhaite que son nom «soit donné à ce prix de vertu ainsi qu’à l’institution du couronnement de la rosière».

Hauts personnages de Laval

Enfin, concernant le jury chargé d’honorer chaque année ces deux parangons de vertu, Mlle Hamard exige qu’il soit composé par les plus «hauts personnages de la Ville: MM. les curés des paroisses de Laval, M. le curé de Grenoux, M. le Maire de Laval et deux délégués du conseil municipal.»

Après que la Ville eut été autorisée à accepter le legs Hamard par un décret présidentiel du 29 juillet 1902, la première rosière et le premier prix de vertu Noémie Hamard virent le jour le 14 Juillet 1903.

Vieux prénoms

Et c’est ainsi que chaque année à pareille époque de nombreuses Thérèse, Madeleine, Simone, Lucienne, Gisèle, Germaine, Marie, Marthe et autre Juliette furent publiquement honorées.

En premier lieu dans le grand hall d’entrée de l’hôtel de ville (remise d’un bouquet de roses blanches et discours du maire) puis à l’église des Cordeliers (où la rosière se rendait à la messe dans la même voiture que le maire!).

Le prix après la Libération

Enraciné dans les traditions lavalloises, le couronnement de la rosière eut du succès pendant l’entre deux-guerres. Mais après 1945, les mœurs évoluant selon un vent de plus en plus libéral, les candidatures vinrent à manquer, ainsi que la volonté politique de récompenser des vertus de moins en moins mises en avant….

En 1959, la commission décida de ne plus décorer la maison de la titulaire du prix de vertu car celui-ci ne devait plus être remis en public le 14 juillet avec la rosière. Laquelle, dès l’année suivante, ne fut plus couronnée à cette date…

L'année 1968

Les années 63 et 64 ne virent aucune attribution… Et ce ne sont pas les événements de mai 68 orchestrés par Dany le Rouge qui allaient relancer le concours… Cette année-là, la commission estima ne pas être en mesure de désigner une rosière… Et si elle accorda un prix de vertu (à Marguerite Landais, 45 ans, 58, rue Rennaise, photo), elle le décerna l’année suivante, en mars… Le plus discrètement possible.

O Tempora ! O Mores !

Désormais d’un autre âge, les récompenses créées par Mlle Hamard avaient vécu… Il est vrai que cette « vieille fille » dont le nom, depuis 1906, orne une plaque de rue du quartier de la gare, ce parangon de vertu était né sous Louis-Philippe, en 1836…

 

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