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Jules Renard, un homme d'esprit

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Pas besoin d’être un excentrique ni d’avoir fait le tour du monde en multipliant les aventures pour laisser une trace en ce bas-monde cent ans après sa mort. Il suffit (suffisait ?) d’avoir de l’esprit et une plume pour en rendre compte. Ce fut le cas de Jules Renard, qui compte toujours de nombreux lecteurs en 2011, notamment grâce à son journal publié en version expurgée…

 

Près de Laval

Ce fils d’un inspecteur des travaux publics eut une vie simple qui débuta le 22 février 1864 près de Laval, à Châlon-du-Maine, où son père François était venu en famille surveiller la construction d’une voie ferrée…

 

Contrairement à nombre d’artistes, Jules déteste sa mère qui, il est vrai, l’a pris en grippe dès qu’elle a vu sa chevelure blond-roux, laquelle, sur les cours de récré, lui vaudra un surnom - Poil de carotte. – dont il fera un roman célèbre. Avec une première phrase terrible : « Tout le monde ne peut pas être orphelin. » L’avis de sa mère (après lecture du roman) ? « Chieur d’encre ! »

Lucien Guitry

En 1888, il épouse Marie Morneau (dite Marinette) et, grâce à l’argent de belle-maman, peut consacrer sa vie à sa grande passion : écrire (« une façon de parler sans être interrompu »), en s’échinant toujours à trouver le mot juste.

 

A Paris, au 44, rue du Rocher, il reçoit des gens qui « comptent » (Courteline, Catulle-Mendès…) et se rend chaque semaine chez son grand ami Lucien Guitry pour les déjeuners du groupe des cinq.

L’Académie Goncourt

Ses romans se vendant peu (Poil de carotteL’Ecornifleur…), Renard écrit pour le théâtreet obtient des succès avec Le plaisir de rompre, notamment. En 1907, il entre à l’Académie Goncourt en ayant posé une condition (acceptée !) : « Ne pas être forcé de dire à [ses] collègues qu’ils ont du talent. »

 

Il meurt en 1910, à 46 ans, des suites d’une artériosclérose. « Marinette, pour la première fois, dit-il à sa femme, je vais te faire une peine, une très grosse peine… »

Le Journal

Marinette vivra une autre peine quand, ayant lu les 54 cahiers d’écoliers composant le journal intime de son époux (qui s'ouvre le 15 juin 1887 et se ferme le 6 avril 1910), elle apprendra que Jules l’avait cocufiée au moins une fois (voilà ce que c’est de tout noter dans des cahiers !)

 

Outre cette déception (le couple était uni), Marinette ne prise guère certains écrits concernant nombre de contemporains. Résultat : au nom des bons sentiments (toujours dévastateurs dans le domaine littéraire !), elle brûle des milliers de pages et, aidée par Henri Bachelin, publie une version amputée et expurgée du Journal, entre 1925 et 1927.

De bons mots

Si les amateurs de littérature en veulent toujours à cette veuve abusive, le Journal publié fourmille néanmoins de bons mots et de réflexions bien senties…

 

La paresse ? « Habitude prise de se reposer avant la fatigue. »

 

Le divorce ? « Il serait inutile si, le jour du mariage, au lieu de vous mettre l’anneau au doigt on vous le passait au nez. »

 

Ronfler ? « C’est dormir tout haut. »

L’amour du prochain

Sur l’ambition : « Pour arriver, il faut mettre de l’eau dans son vin jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de vin. » Pour le reste, « si vous avez peur d’être seul, n’essayez pas d’avoir raison… » Mais, dans tous les cas, « sois modeste ! c’est le genre d’orgueil qui déplaît le moins. »

 

Concernant les autres, l'amour du prochain, Renard réagit en homme de lettres : « Une belle action d’un autre, et notre vie nous paraît sans saveur. » « Le succès des autres me gêne mais moins que s’il était mérité… »

 

Pour le courage, il remet les pendules à l’heure : « Il est plus difficile d’être un honnête homme huit jours qu’un héros un quart d’heure ! »

Chitry-les-Mines

Jules Renard ne cessait de se dénigrer : « Je n’ai réussi nulle part… Pas un de mes livres n’arrive à un second tirage » ; il confessait avoir tout raté bien qu’il décrochât la légion d’honneur et se fît élire (comme son père) maire de Chitry-les-Mines, de 1904 à sa mort. A ce sujet, il écrivit : « Je vois très bien mon buste sur la place de l’ancien cimetière avec cette inscription : A Jules Renard, ses compatriotes indifférents. »

 

Il se trompait triplement : d’abord parce qu’il a son buste, près de la mairie.

 

Ensuite parce qu’il compte de nombreux lecteurs, y compris dans son pays.

 

Enfin parce que l’association des Amis de Jules Renard de Chitry a organisé, pour le centenaire de sa mort, plusieurs manifestations (http://jules.renard.over-blog.com)

 

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