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Louis Derbré a bien servi la sculpture

derbrLe sculpteur mayennais Louis Derbré a tiré sa révérence le 4 août dernier à 85 ans, nous laissant le souvenir d’un homme attachant et – surtout – un grand nombre d'oeuvres plus ou moins monumentales qui témoigneront longtemps de son immense talent reconnu dans le monde entier

Merci Daniel Verscheure !

 

C’est le 22 mars 1993 que j’ai rencontré pour la première Louis Derbré. C'était chez lui, dans sa maison d'Ernée. Ma cousine Béatrice Racine et moi venions l’interroger pour un livre consacré aux dix premiers « Mayennais de l’année » du Rotary Club de Laval. Bien sûr, Derbré était sur la liste, en compagnie de  concitoyens plus ou moins « prestigieux » : Michel Le Milinaire (1983), Michel Besnier (1984), Pierre et Monique de Poix (1985), Jean-Michel Faguer (1986), les frères Madiot (1987), Jean Py (1988), Roger Baudron et Annick Dreux (1989),  les frères Desmontils (1990) et Jean-Yves Quinio (1992).

Seul artiste du lot alors âgé de 66 ans, Louis avait reçu sa distinction en 1991, année où, de retour au pays, il put lancer pour de bon son dernier grand dessein : faire de sa ville d’Ernée la capitale européenne de la sculpture en y créant l’Espace culturel qui porte son nom et en y installant sa fonderie où il travaillait avec son équipe…

Autour d'une cote de bœuf

Séduit d'emblée par la personnalité de ce petit homme au regard rieur, j'ai savouré notre première rencontre qui s’est déroulée autour d'une cheminée où nous fîmes griller une excellente cote de bœuf que nous étions allés acheter tous les trois cinq minutes avant à la supérette du coin.

Oui, le bonhomme m’a bien plu, qui ne prenait pas la pose et, ce jour-là, enchaîna les anecdotes sur sa vie d’artiste, une vie incroyablement chanceuse quand on pense à tous ceux qui, avec ou sans talent, sont condamnés à bouffer de la vache enragée – « et encore pas tous les jours ! », selon le mot de l’humoriste Alphonse Allais…

Une expo dans Laval

louis.derbreEnsuite j’ai revu « Louis » plusieurs fois dans l’exercice de mes fonctions de journaliste municipal, principalement quand son amie et groupie Catherine Fayal organisa, dans les rues du centre-ville de Laval, une exposition de ses oeuvres monumentales qui avaient "cartonné" à Paris, place Vendôme quelques mois plus tôt. D'autres rencontres suivirent qui me permirent d'apprécier la riche personnalité de cet homme simple et serein qui savait créer de l’émotion et de la beauté en pétrissant de la terre ou en coulant du bronze.

Mais revenons à 1993 et à notre entretien, qui sera publié dans Ambassadeurs de la Mayenne (un livre écrit sous la direction du rotarien Daniel Verscheure, initiateur des « Mayennais de l’année » et fan de Louis Derbré).

L’amour du pays

Il va de soi que Louis venant de rentrer en Mayenne notre entretien débuta sur l'attachement de l'artiste à son département natal, un attachement qui se retrouve dans ses œuvres et leur donne un charme indicible…  «  La Mayenne, c’est mon pays, avoua-t-il tout de go. Ici, tout me parle quand je me promène dans la région d’Ernée : l’église, le collège, les maisons, les herbes… Je pourrais même vous montrer les champs où j’ai gardé mes premières vaches, l’endroit où j’ai braconné mon premier lièvre. »

Et d’ajouter ces mots qui firent vibrer mes cordes sensibles mais que les adultes de demain – sans passé et sans racines - seront dans l’incapacité de humer, de goûter, d’apprécier : « J’ai besoin de l’odeur de cette terre. Ce que j’ai appris de la vie, je veux le transmettre ici. »

Beaucoup, beaucoup de travail

Béa et moi lui demandâmes ensuite si, au début de sa carrière, il aurait pu imaginer une telle « réussite » : vivre de ses sculptures et bâtir le Centre international qui porte son nom : « Allez-y carrément, j’ignorais même complètement qu’un jour je sculpterais ! Vous savez les chances de devenir, à la naissance, « sculpteur professionnel », sont infinitésimales aujourd’hui. Elles l’étaient déjà en 1925 ! »

Et de poursuivre : «  Dans ma réussite, j’entends la réalisation d’une vocation et d’une passion, il y a eu le lot habituel de rencontres, de coups de pouce, de chance, de don bien sûr mais surtout -  surtout -  de travail, de travail, de travail… »

Vint ensuite une question sur l’origine de sa passion pour la sculpture : «  J’étais manœuvre dans une société d’édition d’art qui confectionnait des statues en bois et en pierre. Curieusement, mon patron de l’époque m’avait dit, alors que je n’avais encore jamais rien sculpté : « Qui sait, Louis, la sculpture, un jour ! » Madame Soleil n’aurait pas été mieux inspirée... »

Le prix Fénéon

A-t-il pris son départ tout de suite après cette prophétie ? «  Non, j’ai attendu quatre ans pendant lesquels j’étudiais les uns et les autres qui sculptaient sous mes yeux. Puis un jour, hop ! je me suis lancé et j’ai demandé à faire le portrait de quelqu’un en terre. Cela m’a pris deux ans. Puis en 1950, j’ai fait le même portrait, mais en pierre cette fois, puis celui d’une fille qui était dans la même maison et alors, peu de temps après, en 1951…

La chance…  J’ai appris dans Le Figaro qu’un concours était ouvert aux jeunes sculpteurs avec un pactole de 100 000 francs de l’époque. C’était le Prix Fénéon. Pour la première fois, on décernait un prix à un jeune sculpteur. Je me suis alors présenté avec mon garçon et ma jeune fille en pierre. Il y avait une quarantaine d’exposants dans une galerie de Saint-Germain des Prés. Eh bien, j’ai obtenu le prix que m’a remis Louis Aragon en personne, ainsi qu’une presse considérable. »

Installation à Paris

Résultat :  fort de ce succès, Louis s’installe dans un atelier du XIVe qu’il construit lui-même ! Et en 1953, le prix national de l'école des Beaux-Arts lui est décerné… Il a le pied à l’étrier mais ne vit pas tout de suite de son art. «  J’ai longtemps fait du mi-temps, ou travaillé mon art le soir, après d’autres métiers alimentaires. Ensuite, j’ai oeuvré pour Gilioni, le fameux sculpteur abstrait. Là, je polissais des bronzes. Puis j’ai travaillé avec Odermatt, de 1960 à 1970, et exposé régulièrement dans sa galerie avenue Matignon. »

En 1962 eut lieu la première grande exposition "Rodin-Maillol-Derbré" puis, après une période sans galerie, Artcurial lui réserve, de 1976 à 1983, une exposition permanente. Cette fois c'est parti !

L’immortalité de l’artiste

palindromeOn connaît la suite – que les Ernéens ont pu contempler avec une légitime fierté, chez eux, depuis 1991 – et qui fait de Louis Derbré le seul des Mayennais primés dans l’ouvrage précité à avoir décroché le pompon de l’immortalité !  Car ses œuvres, en France ou au Japon, seront encore présentes quand les rotariens de la fin du IIIe millénaire auront oublié jusqu’au nom de Michel Besnier ou des frères Madiot…

Sa mort a attristé nombre de Mayennais, qui pourront néanmoins dire jusqu’à leur dernier souffle qu’ils auront au moins eu l’honneur de connaître un artiste digne de ce nom dans leur existence. Un artiste (j'y reviens) qui aimait plus que tout un département qui, avouons-le, a eu l’intelligence de l’honorer de son vivant en lui achetant un grand nombre d’œuvres que l’on peut admirer (aux quatre coins de Laval, notamment) en se disant que, pour une fois, l'argent public n'a pas été jeté par les fenêtres…

Sauf peut-être pour le Zoom (1993) qui, avouons-le, n'ajoute rien à sa gloire... 

 

Commentaires   

 
0 #1 pierre-mary the.atre 30-12-2014 10:54
le Zoom Ä laVal de Louis Derbré

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