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Bourvil, le comique français au grand coeur, simple et fidèle

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La Grande Vadrouille ayant été reprogrammée ce jour à la TV française (22 mars 2020), profitons du confinement obligatoire pour mieux connaître l'un des deux acteurs à l'affiche de cet excellent divertissement, André Raimbourg dit Bourvil, décédé il y aura bientôt 50 ans... Pour ce faire, je vous offre ces deux petits articles que JCG rédigea il y a moult années quand le chômage le condamnait à passer de longues heures entre les quatre murs de son bureau... Le premier évoque quelques beaux gestes qui font du grand comique normand un type bien pour l'éternité... Et le second revient sur 12 films de Bourvil à voir ou à revoir...

Un livre à se procurer...

Généralement, dans les biographies d’acteurs, la lutte pour la première place (tout en haut de l’affiche !), va de pair avec un certain nombre de gestes et d’attitudes plus ou moins glorieuses, méprisables… Rien de tel dans André Bourvil, une histoire vraie (City) écrit par Sandro Cassati pour le quarantième anniversaire de la mort de la star ; une biographie qui recense nombre de beaux gestes tous à la gloire de l’inoubliable Augustin Bouvet de La Grande Vadrouille

Une Citroën pour le parâtre

Le père de Bourvil, André Raimbourg (oui, comme l’acteur), est mort de la grippe espagnole après quatre ans de guerre de 14 quand le Dédé avait trois ans. De retour à Bourville, son village natal, sa veuve retrouve sa famille et un vieux copain, Joseph Ménard, avec lequel elle aura deux autres enfants (cinq au total).

A l’homme qui l’a élevé comme son propre fils, Bourvil, la gloire venue, offre la Citroën dont il rêve; un véhicule dernier cri, que le vendeur conduit un beau jour à la ferme des Ménard. Joseph, agacé de voir ce type venir le relancer dans sa cour, tombe des nues quand ce dernier lui tend les clés du véhicule…

Cadeau, signé Bourvil !  

La Route fleurie

En 1951, Bourvil joue dans une opérette avec Georges Guétary et Annie Cordy, La Route Fleurie qui aura tant de succès qu’elle tiendra l’affiche plus de quatre ans de suite. Alors que la vedette sur l’affiche est le jeune premier Guétary, c’est Bourvil qui, chaque soir, fait exploser l’applaudimètre…

Gêné de récolter plus de succès que son illustre partenaire, il déclare à la presse : «Ce qui assure mes effets, c’est le soin avec lequel ils ont été réglés avec mon camarade Georges. Le contraste aussi, entre nous deux, nous fait valoir. Sans prétendre qu’il existe des règles du comique, je crois au comique du contraste.»

Quête pour les Espagnols

En 1956, Bourvil tourne dans Le Chanteur de Mexico dans une bourgade du Nord de l’Espagne, à Irun. La pauvreté des habitants le sidère et il décide de faire quelque chose. «Aussi, écrit Sandro Cassati, le dernier jour du tournage du film, André pose un grand chapeau retourné sur une table et lance à toute l’équipe :

«Nos camarades espagnols sont malheureux et j’estime qu’il faut faire quelque chose pour eux. Maintenant, vous faites ce que vous voulez, je ne force personne.» Et de lancer une liasse de billets dans le chapeau, immédiatement imité par les autres comédiens et le reste de l’équipe.»

Un bide avec Autant-Lara

Après deux énormes succès au cinéma tirés d’une œuvre de Marcel Aymé, La Traversée de Paris et La Jument verte, Claude Autant-Lara et Bourvil remettent le couvert en 1963, avec un 3e film qu’ils imaginent si prometteur financièrement qu’ils décident de le produire eux-mêmes, de le financer avec leurs deniers personnels…

Bien que Le Magot de Josefa (le nom de ce film) soit aussi joué par Pierre Brasseur et Anna Magnani, il fait un flop monumental et les deux compères se retrouvent avec une ardoise de 120 millions de francs à rembourser…

Autant-Lara est paniqué à un point tel que Bourvil lui lance, avec un naturel déconcertant : «Je prends ça sur moi, vous me rembourserez quand vous serez de nouveau en fonds.»

Soutenir Jean-Pierre Mocky

En 1968, Bourvil tourne de nouveau avec le trublion non-conformiste Jean-Pierre Mocky dans  La Grande Lessive… Concernant ce film, la Gaumont a passé un accord avec le réalisateur stipulant qu’il «devait être exploité durant 21 jours et serait retiré de l’affiche s’il n’avait pas atteint un certain nombre d’entrées».  

A deux doigts d’atteindre ce nombre, la Gaumont est prise de panique car, anticipant un de ces bides dont Mocky a le secret, elle avait déjà programmé une autre projection… Elle commet alors une bassesse: fermer ses caisses le dimanche à 18 h privant ainsi La Grande Lessive des quelques entrées susceptibles de la laisser à l’affiche…

Courageusement, l’acteur défend son réalisateur, qui lui rendra ainsi hommage : « Bourvil était très proche de Gaumont. C’était son principal employeur. Mais là, il a estimé que j’avais raison. Au lieu de se tirer pour son intérêt personnel, il s’est mis avec moi, contre la profession. Vous voyez le courage de ce type. »

André Raimbourg

Si le talent des acteurs de cinéma n’a rien à voir avec leurs qualités morales, il est toujours plaisant de savoir qu’un grand de l’écran l’était également dans la vie de tous les jours.

On peut l’écrire : André Raimbourg valait Bourvil. Et réciproquement.

Quant à ceux qui aimeraient voir ou revoir ce grand acteur, ils liront avec profit l'article suivant :

Douze films en hommage à Bourvil mort il y a (presque) 50 ans !

Bourvil pouvait tout jouer comme en témoignent les 12 films suivants…

Avec Gabin

La Traversée de Paris (1956). Dans cette œuvre de Claude Autant-Lara tirée d’une nouvelle de Marcel Aymé, Bourvil donne magistralement la réplique au « monstre » Gabin (« Salaud de pauvres ! ») et crève l’écran dans le rôle de Martin, un personnage veule mais d’une grande richesse psychologique.

Les Misérables (1957). Dans cette énième version du chef d’œuvre de Victor Hugo, Jean-Paul Le Chanois offre à Bourvil le seul rôle de méchant de sa carrière, celui de l’abject aubergiste de Montfermeil, l’exploiteur de Cosette, Thénardier. Il retrouve Jean Gabin (Jean Valjean) poursuivi par Javert (Bernard Blier). .

En couple avec Michelle Morgan

Le Miroir à deux faces (1958). Bourvil incarne un instituteur à l’esprit étriqué qui, via une petite annonce, épouse une femme dotée d’un visage pour le moins disgracieux mais d’une grande sensibilité jouée par Michelle Morgan. Quand celle-ci, suite à une opération de chirurgie esthétique, se transforme en beauté… Tardivet devient, lui, un monstre de jalousie…

Fortunat (1960). Pendant l’Occupation, la cohabitation forcée  entre un homme de la campagne et une grande bourgeoise raffinée qui doit se cacher chez lui car son résistant de mari est aux mains des Allemands. « J’ai fait ce film parce que Bourvil existe », indique Alex Joffé. Et d’affirmer « que l’on ne connaît pas Bourvil tant que l’on n’a pas vu Fortunat. »

Avec Francis Blanche

La Jument Verte (1959). Bourvil retrouve Claude Autant-Lara dans une version haute en couleur d’un chef d’œuvre de Marcel Aymé, une chronique paysanne dont le ton leste choqua l’Eglise de l’époque. Le Normand y campe le rôle d’un agriculteur truculent, Honoré Haudouin, que la gaudriole n’effraie pas… Et quels acteurs à ses côtés :  Philippe Clay, Achille Zavatta, Yves Robert et Francis Blanche…

 Un drôle de paroissien (1963). L’histoire d’un noble ruiné qui préfère voler les troncs des églises de Paris plutôt que de chercher – comme n’importe quel gueux - un travail dans une France qui ne connaît pourtant pas le chômage. La première collaboration de Bourvil avec Jean-Pierre Mocky. Et de désopilantes retrouvailles avec un Francis Blanche qui campe un inspecteur dépassé par les événements….

Avec Funès

Le Corniaud (1965). Le premier grand succès de Gérard Oury réunit Funès et Bourvil, un tandem qui fait rire la France entière dès leur rencontre… accidentelle, quand la Rolls du premier percute la 2CV du second qui se retrouve au milieu des débris avec son volant entre les mains : « Qu’est-ce que je vais devenir maintenant ? » demande-t-il avec sa voix traînante : « Un piéton ! », lui répond un Funès en pleine forme…

La Grande Vadrouille (1966). Dans la série « on ne change pas une équipe qui gagne », Oury plonge le duo du Corniaud en pleine Occupation allemande. Le résultat ? Le film préféré des Français jusqu’à Titanic et, plus près de nous, Bienvenue chez les Ch’tis. En Augustin Bouvet qui en pince pour Marie Dubois, Bourvil est inoubliable. Ainsi que son compère Funès en chef d’orchestre… 

Fernandel et Lino Ventura

La cuisine au beurre (1963) Dans ce film de Gilles Grangier, Bourvil joue pour la seule fois avec le héros qu’il imitait étant jeune,  Fernandel. Alors que tout le monde le croyait mort en déportation, le Méridional revient à Martigues. Sa surprise est de taille : sa femme s’est remariée avec un Normand qui tient aussi les commandes de son restaurant…    

Les Grandes Gueules (1965). Dans ce western de Robert Enrico tiré d’un roman de José Giovanni, Bourvil joue avec brio le patron d’une scierie vosgienne qui emploie des durs comme Lino Ventura. Le duo avec ce grand acteur fonctionne à merveille.

Montand et Alain Delon

Le Cerveau (1969) Gérard Oury offre à Bourvil un nouveau partenaire, Jean-Paul Belmondo dans une superproduction qui en présence deux équipes de truands, une française et une américaine (David Niven, Eli Wallach). Ce film est aussi le premier où Bourvil sait qu’il est atteint d’un cancer…

Le Cercle Rouge (1970) Pour les critiques, ce Melville a permis à Bourvil de réaliser sa meilleure composition, celle d’un commissaire de Police aux prise avec des voyous de grande race,  Alain Delon et Gian Maria Volonte.

Hélas Bourvil ne verra pas ce film ni le dernier qu’il tourna : Le Mur de l’Atlantique… A  53 ans, André Raimbourg dit Bourvil succomba au « crabe » face auquel il sut toujours se montrer courageux… 

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