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Lectures d'été (III) : Malraux, Vilmorin, R. Camus.

Poursuivons, cher JCG, la liste des ouvrages que vous avez lus pendant l'été avec « Aimer encore », un récit écrit par Sophie de Vilmorin, laquelle, en 1970, un an après la mort de sa tante Louise, devint la dernière compagne d’un homme qui fut tout sauf un comique troupier : André Malraux. Une fois de plus, c’est le hasard qui m’a fait tomber sur cette histoire d’amour publiée en 1999, plus de trente ans après la mort de Malraux. Sophie de Vilmorin (oui, comme la graineterie) a partagé la vie – publique et privée - de l’ancien ministre du Général De Gaulle, « son compte en banque et son travail », « son corps », « les maladies dont il a souffert et le moment de sa mort ». Mais, contrairement à moult « veuves de grands hommes », elle a le mérite de « ne pas la ramener » (si vous me permettez l’expression) : « Je n’ai pourtant pas eu accès à André Malraux tout entier. Il existait sans moi dans son passé et les tragiques secrets qu’il abritait […] Je n’étais pas l’interlocuteur, ni le complément de tout son être. Simplement, là où j’étais, il avait besoin de moi. »

C’est très beau, très juste aussi. Mais je suis surpris car je ne vous savais pas intéressé par Malraux. Figurez-vous que la vie de tous les grands écrivains suscite ma curiosité !  J’aime à traquer leurs petites et curieuses manies, quand ils en ont, bien sûr ! J’aime à soupeser leur ego, cela me divertit toujours. En revanche, concernant l’œuvre de Malraux, vous avez raison, elle ne m’intéresse pas (pas encore ?). Et la seule fois où j’ai essayé de me lancer, avec « Les Antimémoires » en l’occurrence, le livre a quitté ma chambre de lycéen (à l'époque) pour le grenier de mes parents.

Comment ça ? J’avais voulu, l’année du bac de français (1979), m’envoyer ce classique. Echec total après plus de deux cents pages. Et, pour la première fois de ma (très courte) vie, incapable de fixer ma pensée sur ce que Malraux énonçait, j’étais contraint d'abandonner un ouvrage avant la page finale… Déçu, fâché contre moi-même et désireux d'oublier cet échec, je voulus que ce livre fût hors de ma vue. D’où son départ au grenier où je le rangeai parmi d’autres volumes sans grand intérêt (mais que je n’avais pas tenté de lire, eux !). J’ignorais, à l’époque, que je n’étais pas le seul lecteur à snober la prose de l’auteur de « L’Espoir ».  « J’ai essayé de lire Malraux et je me suis fâché, écrit Jacques Chardonne dans une lettre à Roger Nimier. Je ne veux pas faire son travail. Qu’il débrouille sa pensée avant de la dire ; il la dira mieux et plus vite. »  

Qu’aimez-vous néanmoins chez lui ? Le CV, si j’ose dire, qui fleure bon la grande histoire ! Et qui me faisait rêver gamin. Même si, en le grattant quelque peu ce CV, il y a beaucoup d’affabulations, de mensonges, d’invraisemblances : dialogue avec Mao… Le bonhomme est forcément en dessous de l’image qu’il se faisait de lui-même et beaucoup de ses contemporains l’ont traité de « charlatan ». Il n’empêche que quand il se lançait dans l’un de ses monologues, tous ceux qui l’écoutaient avaient l’impression de fréquenter un génie, un type au-dessus de tout… « Quelle altitude ! », indique Sophie de Vilmorin, qui sait de quoi elle parle puisqu’elle partagea sa vie pendant six années. .   

Il y a aussi ses fameux écrits sur l’art, son célèbre « Musée imaginaire », démonté par un érudit, Georges Duthuit, dans les trois tomes de son « Musée inimaginable ». Oui, Malraux fut un « pipoteur » mais un « pipoteur » de haut vol et qui, chose rare chez les intellectuels, ne manqua jamais de courage physique. Il a pris des risques énormes tout au long de sa vie, même si ses combats étaient également - avant tout ? - liés au prestige, à la gloire qu’il en retirerait.

Pourquoi lancer cette pique ?  Parce que dans « La baleine et le cachalot », l’excellent Simon Leys narre une anecdote particulièrement éclairante sur ce sujet. Elle concerne les difficultés que Souvarine eut pour faire publier la première édition de sa biographie de Staline en 1935 et la position de Malraux qui aurait pu l’aider. « Partout, écrit Leys, les membres de l’élite intellectuelle s’efforcèrent très efficacement d’étouffer son brûlot ; en général ils y mettaient des périphrases, mais Malraux – qui refusa d’intervenir auprès de Gallimard – eut au moins le triste mérite de la franchise, et lui déclara : « Je pense que vous avez raison, vous, Souvarine, et vos amis, mais je serai avec vous quand vous serez les plus forts. »

Sacrément culotté le garçon ! Oui. Il pensait sans cesse à sa gloire, à sa place dans l’histoire.

Je crois qu’il ne savait pourtant pas conduire une voiture et était bien incapable de tenir un fusil… Oui. Mais, comme l'écrit Leys, "pour fantaisistes qu'aient été ses compétences militaires, il réussit cependant à inspirer le dévouement aveugle de combattants chevronnés et d'authentiques héros" !l Il avait quelque chose, une aura, un charisme… Même De Gaulle a été séduit. Et la très fine et spirituelle Louise de Vilmorin ! alors que Malraux n'avait, je l'ai déjà suggéré, aucun humour. Même si, dans son genre, c’était une sorte de clown…

Comment ça ! « Il était dans les façons d’André Malraux de passer d’une action à une autre sans aucune transition, écrit Sophie de Vilmorin. A dîner chez des amis, par exemple, il surveillait subrepticement sa montre et, à l’heure précise qu’il avait choisie, il me faisait signe, d’un regard, tout en continuant de parler. Dès la fin de sa phrase, il se levait d’un coup, et nous prenions congé de gens qui se croyaient encore en pleine conversation ! » 

Je n’aimerais pas avoir des invités pratiquant ce genre de sortie… Moi non plus !

J'imagine que vous appréciez aussi Malraux pour quelques-unes de ses « prophéties», genre « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Oui, j’ai aussi retenu une pensée livrée par Simon Leys (encore lui !), une pensée qui concerne le fameux, le légendaire Lawrence d’Arabie. Malraux, d’après Leys, a eu « le singulier et amer mérite d’identifier très exactement et très lucidement ce en quoi ce personnage si ambigu était précisément inimitable : T.E. Lawrence ne voulait rien du tout. Or c’est prodigieusement difficile d’être un homme qui ne veut rien. » J’aime cette pensée car je la crois juste, ne voulant rien moi-même... Sinon que la France reste le plus possible la France…

Bref, pour toutes ces raisons, mieux connaître l’homme Malraux vous a tenté quand vous êtes tombé par hasard sur la couverture du récit de Sophie de Vilmorin… Oui, et j’ai passé en sa compagnie – en leur compagnie, devrais-je dire – un excellent moment. Bien meilleur que si j’avais dû moi-même fréquenter cet homme - j'insiste - dénué d’humour, ce qui, chez moi, constitue une véritable tare… Car un homme qui a de l’humour est toujours - quoi qu'il fasse - un homme que l’on peut apprécier.

Quel autre défaut avait-il ? Une jalousie excessive, maladive. Un jour, une amie du couple [une certaine Gogo] a eu le malheur, devant André, de demander à Sophie si elle voyait toujours son premier mari. « A peine l’amie en question était-elle partie que Malraux a éclaté : Dites à Gogo de ne pas venir mercredi prochain, ni les autres jours, ni en croisière. Je ne tiens plus à la voir. »

Et qu’a répondu Sophie ? Elle a eu un comportement… humain : elle s’est tue. Pour deux raisons : « D’abord parce que l’idée de contredire André Malraux ne pouvait pas me venir, indique-t-elle ; ensuite parce que j’étais extrêmement flattée qu’il ait réagi ainsi pour l’amour de moi. »

Ah, les femmes… C'est aussi pour cela qu'on les aime...

Enfin, ce n’était pas un marrant. Ah ça, non ! Mais force est de reconnaître qu’il « avait été marqué par la mort comme peu d’hommes : son père et son grand-père s’étaient suicidés, ses deux demi-frères ont été tués par les nazis, sa femme Josette Clotis est morte écrasée par un train et ses deux fils se sont tués dans le même accident d’automobile. » Je sais que les plus grands clowns sont tristes (c’est ce qui se dit) mais avouons qu’il avait quand même rédigé plus de faire-part qu’un homme ordinaire !  

Du reste, mon petit doigt me dit que Malraux n’était certainement pas un homme ordinaire face à la mort. Vous avez raison. Par exemple, indique Sophie de Vilmorin, « il n’était pas attaché au souvenir charnel d’une personne disparue ; s’il était interpellé par la mort à un très haut degré, il était modérément atteint par la perte d’êtres qui lui avaient été proches sentimentalement. » Et Sophie d’écrire – non sans courage : « J’irai jusqu’à dire qu’il n’était en deuil de personne. Si j’avais disparu et qu’il eût trouvé une autre femme pour prendre ma place, il m’eût pareillement enfouie dans ses limbes personnels, sans regrets prolongés ni photos. »

A propos de photo, je m’en souviens d’une, parue dans un exemplaire de Paris datant de l’année 1972, photo qui représente Malraux sur son lit d’hôpital avec, sur sa table de chevet, un portrait du Général disparu deux ans auparavant… Cette photo a fait le tour du monde mais a fortement déplu à Sophie de Vilmorin, qui parle d’une mise en scène macabre orchestrée par les journalistes, une mise en scène que Malraux avait néanmoins acceptée – non par vanité, dit-elle, mais parce qu’ « il voulait entrer de nouveau dans sa vie, celle d’un homme en vue, et reprendre contact avec son lectorat, car il avait un livre en projet ».

Cette photo a vraiment déplu à Sophie de Vilmorin ? C’est peu de le dire ! La photo et la manière dont ses auteurs ont procédé  : « Le spectacle a été horrifiant, écrit-elle. Les photographes sont arrivés, ils ont déballé leurs projecteurs et leurs parapluies, ils ont débarrassé la table de chevet de tout ce qu’elle supportait et y ont posé un grand cadre en argent renfermant un portrait du général de Gaulle. Non contents de ces méfaits, ils ont demandé à André Malraux de s’allonger complètement, bien raide, avec son drap ramené jusqu’au menton. Et ils ont pris la photo. J’ai tempêté en vain, poursuit-elle. Ces gens non contents d’avoir bien fait leur affreux métier, se sont ri de mes protestations. Ils n’ont même pas remporté leur cadre ! »

Non ? Si. Et Sophie de conclure : « De ce jour est née mon aversion pour cette sorte de journalistes. »

Allez, une dernière réflexion de Malraux concernant ce livre et on passe au suivant… Elle est liée à la « Grande Sartreuse » : « Comment Simone de Beauvoir se permet-elle de parler des femmes, alors qu’elle a refusé d’être mère ? Elle ne connaît pas la question. » C’est exactement ce que je pense de ces féministes qui ont refusé la maternité. Il leur manque l'essentiel. Comme il nous manque, à nous, les hommes, de n'avoir pas connu la guerre... Pour l'instant... 

Quel autre livre avez-vous lu que vous souhaitez maintenant évoquer ? « La dictature de la petite bourgeoisie », de Renaud Camus, un livre d’entretiens réalisés en 2005 avec un certain Marc du Saune (Editions Privat). Camus évoque une dictature qui nous concerne tous, car nous sommes tous des petits bourgeois et, partant, les (petits) dictateurs de nous-mêmes ! Mais attention, il s’agit d’une dictature sournoise, et difficile à ressentir, à éprouver…

Parce qu’elle ne règne point par les armes ? Oui. « Elle règne par le jeu, par le cirque, par le plaisir, un plaisir étrangement sans saveur, mécanisé comme tout le reste. Faites-vous plaisir, dit-elle en son idiolecte. C’qu’est H’important, moi j’trouve, c’est d’se faire plaisir. »

On entend effectivement ce genre de remarque à longueur de journée, dans les media et la « vraie vie ». Oui, un footballeur, un acteur, un chef d’entreprise, un artiste… tout le monde l’emploie, dit la même chose et poursuit le même but. Se faire plaisir ! Matin, midi et soir.   

Il s’agit donc d’une dictature qui ne tue personne…  Physiquement, non. Socialement, professionnellement, c’est autre chose... Il s’agit, écrit Renaud Camus, d’une « dictature purement sociale et culturelle (bien [qu’il soit] tenté d’ajouter : médiatique et langagière). Comme elle n’a pas de structure institutionnelle visible, elle ne suscite pas de sentiment de révolte – tout juste une sorte d’accablement, qu’on ne sait pas à quoi attribuer, ni à qui, et qui se traduit par la consommation d’anxiolytiques, la croissance de la clientèle des psychiatres, des psychanalystes, gourous, coaches, marabouts et charlatans divers ; le tout sur fond d’abrutissement général, de bêtification programmée sans programme, de ludification intensive, d’imbécilisation festive, de crétinisation pailletée, de sonorisation couvrante, dont Philippe Muray Richard Millet ou Pascal Quignard, chacun dans son registre particulier, ont dit tout ce qu’il y avait à dire. »

Vous pensez que cette dictature touche tout le monde ! Et les « exclus » alors ! dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée ! Même les « exclus » sont concernés, figurez-vous, car « personne, écrit Camus, n’est assez misérable pour n’avoir pas de télévision […] Et la télévision est le grand vecteur de la dictature de masse. » Mais l’intervieweur, Marc du Saune, n’est pas d’accord avec ce point de vue…

Et que dit-il ?  « Quoi que vous en disiez, Renaud Camus, il y a bel et bien une réalité, une réalité tragique, de l’exclusion. » Ce à quoi Camus répond fort justement : « Il y a bel et bien une réalité tragique de l’exclusion, mais l’idéal affiché, proclamé et même seriné de l’énorme classe au pouvoir, c’est précisément de réduire et même de supprimer l’exclusion. Terrasser l’exclusion, combler la fracture sociale, créer du lien : même si vous avez écrit un octuor pour cordes, basson, ondes Martenot, coupe de cristal et shakuhachi sur un thème de Franco Donatoni, vous n’arriverez jamais à obtenir la moindre subvention pour le faire interpréter au festival Oreille interne de Bourbon-l’Archambault, ni ne serez envoyé à la Villa Médicis, ni ne serez nommé professeur de derbouka au Conservatoire national de région de Poitou-Sologne tant que vous n’aurez pas prouvé par a plus b que votre morceau crée du lien, et que vous n’avez jamais aspiré à rien d’autre, en obéissant à votre vocation d’artiste, qu’à en finir une fois pour toutes avec la fracture sociale. » 

Tout cela est très vrai ! Et très triste...  Oui, et ceci aussi : « Cette nouvelle classe au pouvoir – la petite bourgeoisie – cette classe nouvellement au pouvoir (à l’échelle de l’histoire), c’est d’ailleurs elle, depuis qu’elle est au pouvoir, qui a inventé le concept et le mot d’exclusion.

C’est vrai, jadis on parlait des déshérités, des pauvres, du prolétariat voire du sous-prolétariat mais jamais des exclus ! « Exclus de quoi, se serait-on demandé », poursuit Camus. Et le même d’expliquer : « C’est parce que la petite bourgeoisie dictatoriale entretient – contrairement, je le répète, à toutes les autres classes dominantes avant elle – un idéal d’inclusion universelle qu’elle a inventé le concept et le mot d’exclusion pour désigner ce à quoi elle entend officiellement, mettre fin par tous les moyens. »

En fait, on ne peut pas y échapper ? Non. Et même si – « par chance, peut-être, car ce serait pour vous le début d’une prise de conscience – une telle dictature vous donnait le sentiment d’être en prison, il ne vous servirait à rien de réussir à vous enfuir, parce que dehors, ce serait aussi la prison. Plus exactement, poursuit Camus, il n’y a pas de « dehors » Il n’y a pas de différence entre le dehors et le dedans. Cette dictature-là, justement parce qu’elle est tout-incluante, ne se conçoit pas d’extérieur ; elle ne s’en ménage pas ; elle empêche qu’il en demeure ou qu’il s’en crée. Elle coïncide exactement avec la société, et presque avec le monde. Pour elle, il n’y a pas d’autre. »

Et Camus de poursuivre. « Vous allez me dire qu’elle n’a pourtant que ce mot à la bouche : l’autre, l’autre, l’autre, l’étranger, l’exclu. C’est vrai. Mais tous ces autres ne sont tant aimés que dans la mesure où ils sont pareils en puissance, dans la mesure où ces exclus sont en procès d’inclusion, où ces étrangers sont des semblables en voie d’assimilation. Curieux amour des étrangers, vous en conviendrez, que celui qui consiste à les persuader qu’ils n’en sont pas et à les dépouiller, toutes affaires cessantes, de leur étrangèreté. »

Intéressant, très intéressant. Attendez la suite, qui mérite d’être lu avec encore plus d’attention depuis que les envahisseurs sont aux portes de la ville… « Il est très frappant d’observer la coïncidence structurelle, idéologiquement et logiquement inévitable, entre, d’une part, l’hostilité à l’égard des frontières, la sympathie pour le mouvement d’immigration et ses conséquences, l’invitation au métissage et sa description comme le seul avenir à la fois inévitable et souhaitable de la société – tous traits qui constituent médiatiquement l’idéologie dominante et quasi unique de la petite bourgeoisie au pouvoir, l’essentiel du contenu pédagogique de son enseignement, la loi et les prophètes de sa doctrine morale – et, d’autre part, l’annexionnisme social serein, allant sans dire, de cette même classe dans la même situation de direction des affaires.

Chacun s’il le souhaite, poursuit Camus, a vocation à devenir français ; chacun et même s’il ne le souhaite pas, a vocation à devenir petit-bourgeois : d’ailleurs tout le monde l’est déjà, serait-ce sans le savoir ; et ceux qui seraient autre chose seraient tout de même des petits-bourgeois, ils jouiraient, si c’est bien le mot, de la double nationalité, ils seraient condamnés à la double appartenance.»

Je crois qu’on a compris le message… Oui, il n’y a pas d’échappatoire ! je vais vous donnez une dernière citation, très juste, que Camus tire de son expérience personnelle d’écrivain à côté du Système. «  Combien de fois ai-je entendu, dans la bouche d’un journaliste ou d’un animateur d’émissions de télévision, des phrases de ce genre : "Mais enfin, il y a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre : vous êtes un type intelligent, un garçon sympathique, un homme cultivé, un bon écrivain […] Comment pouvez-vous écrire que ceci ou que cela, comment pouvez-vous penser ceci ou cela ?" C'est-à-dire autre chose que ce que nous pensons tous, autre chose que ce que nous savons tous qu’il faut penser, autre chose que ce qu’il est indispensable de penser pour vivre tranquille et heureux dans la société comme elle va, pour être invité à des émissions comme la nôtre, pour faire la moindre "carrière" ».

Et Camus de conclure : « Je crois que c’est la première fois depuis très longtemps, sinon depuis toujours que la pensée qui n’est pas conforme à la norme officielle, à la norme, tout simplement, aux convictions dominantes et monopolisantes, monopolistiques, fait l’objet, non d’une opposition intellectuelle, dont on peut discuter indéfiniment, qui est même la matière par excellence du débat, mais d’une condamnation morale, génératrice d’exclusion. »

Nous vivons donc bien sous une dictature ! Oui, celle de la petite bourgeoisie. Laquelle a su aussi créer ses lois liberticides, la loi Gayssot par exemple, qui interdit de remettre en cause n’importe quelle information liée au « génocide » des juifs par les nazis et délivrée lors du procès de Nuremberg, en 1945-1946.  

Tout cela est pénible, d’après vous ? Oui car tout cela ne peut que susciter des débats d’idées extrêmement pauvres, qui découragent d’emblée les citoyens les moins idiots, lesquels sont obligés de constater « qu’il n’est jamais question de ce qui les préoccupe le plus » et que « toute pensée divergente, fût-ce celle de millions de gens, fût-elle-même majoritaire, se trouve automatiquement exclue ou passée sous silence, déconsidérée d’emblée, à partir de fondements moraux ou prétendus tels… »

Vous me direz que c’est ce que souhaite le Système ! Avoir le plus de décervelés possibles à gouverner. Oui des gens qui ne se posent aucune question, qui ne connaissent rien à leur passé, leurs traditions, la manière dont vivaient leurs parents, etc. des gens qui regardent la télévision plusieurs heures chaque jour et qui ne vivent plus que pour satisfaire le ventre et le bas-ventre… d’une manière, souvent, grossière. Le livre de Camus démontre comment la chose est possible et se lit avec le plus vif intérêt de la première à la dernière ligne. Je ne vous en ai donné qu’un aperçu…

Je lirai ce livre très prochainement, car vous m’avez mis en appétit… Mais passons, si vous le voulez bien, au suivant et dernier de la série (même si je sais que vous avez lu d’autres ouvrages que vous ne souhaitez pas commenter).  D’accord pour évoquer le dernier ouvrage « abordable » mais, s'il vous plaît, une autre fois, car je pense que nos lecteurs ont eu leur dose pour aujourd'hui…

Je suis d'accord. L'internet, c’est bien mais cela fatigue vite les yeux, beaucoup plus que le papier… Nous évoquerons donc Simon Leys et son recueil d’extraits de lettres à Pierre Boncenne la prochaine fois. Cela me convient parfaitement. Bonne fin de semaine, Bois Renard !

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