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Ma vie de libraire chez Duquesne (XIV) : abbé Mugnier, Céline et son Mea culpa...

Cher JCG, je reviens vers vous près d’un mois après votre retour de vacances, le 25 août…

Oui, je suis réapparu une semaine plus tôt au 27, avenue Duquesne, pour réceptionner des caisses de livres que je devais impérativement envoyer à Chiré pour leurs 56e journées chouannes… Outre le fait de rendre service à la maison qui m’emploie depuis janvier 2025, je n’ai pas regretté de revenir travailler plus tôt que prévu, car j’ai croisé, lors de la dernière semaine d’août, nombre de clients enchantés de pouvoir renouer avec, j’ose le dire, leur libraire préféré… 

Puis vinrent les 56e Journées chouannes, à Chiré en Montreuil…

Oui, deux journées agréables, qui permirent à Chiré DPF (Diffusion de la Pensée Française) d’accueillir chez elle plusieurs centaines de clients… 

Et, espérons-le, de remplir les caisses de cette librairie par correspondance qui fête cette année ses 60 printemps, un exploit par les temps qui courent ou, plus exactement, qui galopent vers l’inculture crasse de nos concitoyens… 

Comment vous donner tort quand on a pris connaissance des résultats de l’enquête PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) qui sont tombés le mardi 8 septembre dernier…

Donnez-nous, s’il vous plaît, quelques informations concernant cette mauvaise nouvelle, je dirai, supplémentaire…

« Pour ce qui est de la France, a écrit Jean-Philippe Robiquet dans le dernier Rivarol, ces derniers résultats confirment une tendance déjà observée lors de l’enquête de 2022, à savoir que les élèves français ou, plus exactement, les élèves de France, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, sont, pour dire les choses brutalement mais simplement, de plus en plus mauvais : rapetissement de la quantité d’excellence et augmentation du nombre d’élèves que l’on dit pudiquement “en difficulté”, bref des cancres et demi-cancres. » 

« Y’aura qu’la fin de triste », comme disait ma grand-mère…

C’est vrai que les raisons d’espérer une renaissance culturelle ne sont pas légion, même si, et je tiens à le redire encore et toujours, quand on travaille chez Chiré, à Duquesne notamment, on ne croise que des gens qui lisent encore, même si d’aucuns, ils le reconnaissent plus ou moins honteusement, lisent de moins en moins à cause de leur smartphone…

Une anecdote sur ce séjour dans le Poitou ?

J’ai pris le Paris-Poitiers à l’heure indiquée sur mon billet et suis arrivé à la bonne heure ! C’est tellement rare que je me permets de le signaler… Pour une fois que je n’ai pas dit de mal de Casteix - l’actuel président de la SNCF - pendant un voyage en train… 

Autre précision : même satisfaction pour le retour : pas de retard à déplorer ! 

A Chiré, qui avez-vous vu et apprécié tout particulièrement ?

Mes collègues de travail d’abord, avec lesquels j’échange au téléphone régulièrement. Quelques-uns de mes clients et amis qui avaient fait le déplacement. Merci à eux ! Et tout particulièrement à l’un d’eux qui se reconnaîtra et qui a accepté de venir à Chiré bien que le journaliste Bercoff fût invité à parler de son dernier livre. Cet ami, un peu vif, n’apprécie pas le vieux Dédé (« Il n’est pas d’chez nous ! ») et souhaitait en faire part à la direction. Grâce à la Providence, la chance diront certains, il a fait mieux - et est reparti satisfait de son séjour - car il est tombé directement sur le journaliste de Tocsin. Il a ainsi, j’en fus témoin, pu lui dire en face ce qu’il pensait de son soutien à la politique génocidaire d’Israël…

Bercoff lui a répondu, entre autres, qu'il n'avait pas à adapter son discours aux idées de Chiré...

On s'en doutait...

Parmi les auteurs que j’apprécie, mention spéciale pour l’abbé Olivier Rioult, que je tiens toujours à féliciter longuement pour ses ouvrages en général et De la question juive en particulier, une synthèse en tous points admirable. Je tiens en effet à saluer le grand courage de ce prêtre, un ancien de la Fraternité Saint Pie X, car il a toujours défendu, et avec panache, les quelques rares auteurs qui osent traiter du « sujet qui fâche » et peut vous envoyer en prison… 

Un autre auteur… 

J’ai également salué l’érudit Xavier Martin, qui devrait sortir un nouvel essai avant Noël 2026, Philippe Prévost, qui n’est pas de famille avec Léon XIV mais qui connaît la condamnation de l’Action française par le pape de 1926 comme sa poche. Et une dizaine d’auteurs qu’il serait trop long de citer… 

Je crois que vous aviez cette année une mission bien précise, et qui vous a empêché de vous promener comme l’an passé sous les arbres de Chiré et les différents chapiteaux où dédicaçeaient les auteurs…

Oui, je devais faire la promotion des abonnements de Lectures françaises, la revue créée par Coston en 1957 et reprise par Chiré en 1977. J’ose avouer qu’il m’est arrivé d’être plus efficace…

Mais bon, vendre en ce moment, une revue liée à la politique française relève de l’exploit car les acteurs de cette politique sont tous plus minables les uns que les autres.

Disons qu’ils sont tous dans le Système et le consolident les uns et les autres par leur fausse opposition plus ou moins contrôlée…

 

Un dernier souvenir de ces Journées chouannes ?

 

J’ai beaucoup apprécié, après le dîner du samedi soir, le film de Reynald Secher sur Lyon 1793, un horrible massacre qui permet de se faire une idée précise du régime « ripoublicain » que nous subissons.

J’espère que ce film connaîtra un grand succès…

 

Pour résumer, ce furent deux journées agréables, toniques, hors du temps, qui permettent chaque année de prendre conscience que la France qu’on aime bouge encore, si j’ose dire.

Pourvu que ça dure…

Revenons à vos vacances. Au bord de la mer, j’imagine.

Bien sûr ! Pas de vacances d’été sans bains de mer ! Nous étions une fois encore dans une commune des Côtes d’Armor où l’un de nos meilleurs amis nous accueille avec une régularité que Dieu lui rendra au centuple. 

Qu’avez-vous lu ?

Une bonne grosse biographie de Maurice Barrès pour commencer, écrite par un ancien journaliste de Spectacles du monde, un historien à ses heures, un certain François Broche. Elle date de 1987 et traîne dans ma bibliothèque depuis une bonne vingtaine d’années. 

Et moi qui pensais que vous aviez lu toutes les biographies d’auteurs qui se trouvent dans votre bibliothèque ! Ainsi que tous les essais et romans qui tapissent vos murs…

Nenni ! Et, dans ce domaine, laissez-moi vous lire une citation qu’on prête au philosophe italien Umberto Ecco (1932-2016) qui possédait plus de 50 000 ouvrages ; une citation que je viens de découvrir et qui a le mérite de dire exactement ce que je pense sur ce sujet… 

D’ailleurs je me demande si je ne vais pas la placarder dans la boutique…

Je vous écoute…

« Il est insensé de penser qu'il faut lire tous les livres qu'on achète, tout comme il est insensé de critiquer ceux qui achètent plus de livres qu'ils ne pourront jamais en lire. Ce serait comme dire qu'il faut utiliser tous les couverts ou les lunettes, les tournevis ou les forets [Outil employé pour percer un trou dans le métal, le bois, les matières plastiques, etc ] que vous avez achetés avant d'en acheter de nouveaux. 

« Il y a des choses dans la vie pour lesquelles nous avons besoin de toujours avoir suffisamment de provisions, même si nous n'en utilisons qu'une petite partie. 

« Si, par exemple, nous considérons les livres comme des médicaments, nous comprenons qu'il est bon d'en avoir plusieurs à la maison plutôt que quelques-uns : quand on veut se sentir mieux, alors on va au “placard à pharmacie”  et on choisit un livre. Un livre aléatoire, mais le bon livre pour le moment. C'est pourquoi vous devriez toujours avoir un choix nutritionnel ! Ceux qui n'achètent qu'un seul livre, ne lisent que celui-là et s'en débarrassent ensuite. Ils appliquent simplement la mentalité de consommateur aux livres, c'est-à-dire qu'ils les considèrent comme un produit de consommation, un bien. Ceux qui aiment les livres savent qu'un livre est tout sauf une marchandise.» 

Bravo Umberto ! Donc, si j’ai bien compris, vous avez un beau jour décidé de prendre la biographie de Barrès et de la lire…

Oui, comme j’ai également décidé de terminer, pendant les dernières vacances, un recueil de nouvelles de James Hadley Chase (Le fin mot de l’histoire) se trouvant, lui aussi, dans ma bibliothèque depuis des lustres, recueil que j’avais commencé il y a deux ou trois ans, sans le terminer. Ayant apprécié ces nouvelles, j’ai eu ensuite envie de relire des romans policiers de cet auteur.

Mais je n’ai repris ces relectures qu’après avoir lu, en Bretagne, le troisième livre d’un auteur islandais que j’apprécie énormément, Arnaldur Indridason, en l’occurrence Les nuits de Reykjavik, qui met en scène, et pour la première fois, le jeune enquêteur Erlendur. Pour info, j’avais beaucoup aimé deux autres titres de ce monsieur : Opération Napoléon et Betty.  

Je note ces titres pour les conseiller à ma femme, friande de policiers…

Peu de temps après, dans la «boîte à livres» la plus proche de notre lieu de résidence, je suis tombé sur un Boileau-Narcejac, Usurpation d’identités, qui m’a lui aussi emballé. 

« Cet ouvrage aurait pu tout aussi bien s’intituler 100 ans d’histoire policière, indique la 4ème de couverture. Boileau-Narcejac, en effet, ont pastiché avec beaucoup d’humour les écrivains qui, de 1880 à 1980, ont le mieux caractérisé l’histoire du roman policier. Non seulement ils ont imité leur style, mais ils ont reproduit leur façon particulière d’inventer un roman policier.» Et d’ajouter plus loin : « De Conan Doyle à Gérard de Villiers, en passant par Agatha Christie et PIerre Nord, c’est tout le roman policier qui revit ici.»

Je recommande cet ouvrage à quiconque apprécie les romans policiers. 

A l’heure où je vous parle j’ai relu une demi-douzaine de Chase (j’en ai terminé un hier soir et commencé un «nouveau» ce matin), choisissant en priorité ceux que j’avais noté 10/10 quand je les avais dévorés, dans les années 1990-2000.

Mais revenons, si vous le voulez bien à ce cher Barrès, Maurice pour les intimes. Qu’est-ce qui vous a poussé à le choisir comme compagnon de vacances ? 

Il aura fallu quatre petits faits pour que je me décide à lire enfin la vie de ce grand Français qui eut son heure de gloire dans les premières années de la IIIe ripoublique. 

Premier fait : un jeune client, que j’avais connu quand j’oeuvrais à la Librairie française, est venu m’acheter le tome 1 des Romans et voyages de Barrès édité dans la collection Bouquin. En avril ou en mai, peu importe. 

De quoi vous redonner confiance dans l’avenir du livre et la littérature française ! 

Oui d’autant que ce jeune homme exerce la profession de plombier ! 

Deuxième invitation à mieux connaître Barrès…

La lecture du chapitre Barrès dans l’ouvrage de l’abbé Cellier : Le XIXe parallèle, Flâneries littéraires hors des sentiers battus. Un chapitre passionnant et qui rappelle que Barrès « a commencé par le culte du moi et, en cherchant à construire sa propre personnalité, il s’est découvert comme le résultat de la terre et des morts. C’est en acceptant cette dépendance, en la faisant sienne par un travail d’auto-éducation, qu’il est devenu pleinement lui-même.»

Ma définition de l’idée de patrie, écrit-il dans Scènes et doctrines du nationalisme, c’est à savoir la Terre et les Morts [...] Pour nous la patrie, c’est le sol et les ancêtres, c’est la terre de nos morts. »

Rien à voir avec l’étranger qui débarque chez nous et prétend devenir français simplement en prononçant la devise maçonnique de la ripoublique… 

Bien sûr que non ! Je me souviens, journaliste municipal, entre 1995 et 2008, que je me sentais particulièrement français quand je foulais le sol du cimetière Vaufleury à Laval où étaient, dans la terre, plus de Lavallois que ceux qui répondaient au recensement… 

Plus de 60 000 corps…

Troisième invitation à lire Barrès…

Le scandale que constitue pour moi le fait d’avoir débaptisé il y a quelques semaines la place Maurice Barrès pour « l’offrir »  à la femme du « général » Dreyfus, preuve évidente que, pour moi (de nouveau), la France vit sous une domination politique juive ! 

Qu’a-t-on besoin d’évoquer Dreyfus aussi souvent… Pourquoi cet attachement à un fait divers que plus personne ne connaît dans le détail. Et qui ne méritait pas un millième de l’importance qu’on lui a consacrée depuis plus d'un siècle ! 

Lesquen parle de l’Affaire Dreyfus comme d’un «complot juif», dans l’une de ses vidéos…

Comment lui donner tort ! 

D’autant qu’Adrien Abauzit, essayiste de talent né en 1984, a démontré que cet ancien officier de l’armée française était coupable !  

Dans un livre publié en 2018 et que Lesquen, vous avez raison de l’avoir mentionné, a plusieurs fois vanté…

Enfin, quatrième invitation à lire cet auteur…

L’admiration que lui porte l’abbé Mugnier dans son journal… 

Voici ce qu’il écrit à la page 433 (dans la collection Le Temps retrouvé) : 

« J’ai beaucoup admiré Barrès. C’est un des hommes que j’aurais le plus voulu être. J’avais de bons rapports avec lui mais pas d’intimité. Combien je le regrette ! Il m’en imposait d’ailleurs. Je ne me sentais pas très à l’aide avec lui, mais comme sa destinée me paraissait enviable ! Sa gloire littéraire surtout car j’aurais fait bon marché de sa carrière politique. Il m’aidait puissamment à rêver, me rendait la Lorraine plus poétique, plus intime. C’était évidemment notre Chateaubriand moderne. Un jour, on rôdera dans les sous-bois des environs de Charmes, comme on s’égare maintenant dans les chemins de Combourg. Dans doute Chateaubriand reste le premier parce qu’il a été l’initiateur et que sa vie comporte plus d’horizon, plus d’histoire. Et il est mort à 80 ans. Mais Barrès nous aura enchantés, lui aussi et différemment. »

L’abbé l’évoque une bonne centaine de fois dans son journal et c’est toujours intéressant.

Ce journal que vous avez cité lors de votre entretien avec Benoît Mancheron en juillet sur Radio Courtoisie, entretien destiné à vanter les journées chouannes… Deux mots sur ce curé pas comme les autres…

L’abbé Mugnier a fréquenté tout le gratin littéraire de la fin du XIX et des premières années du XXe siècle. Son journal couvre la période 1879-1939 et permet, entre autres, de retrouver avec régularité des écrivains aussi divers et importants que Paul Valéry, Mallarmé, Clemenceau, Barrès, Anatole France, Drieu La Rochelle, Maurras, Claudel, Céline, Bourget, Léon Daudet, Cocteau, Colette, Mauriac, Gide…

Physiquement, il ressemblait à un curé de campagne, avec sa soutane élimé, ses gros souliers. Sa simplicité plaisait, sa fraîcheur aussi, nous informe son biographe Ghislain de Diesbach… 

Il se définissait ainsi : 

« Je suis le prêtre des Noces de Cana. Je ne suis pas celui du jeûne au désert. » (10 avril 1902) 

«Jamais prêtre ne mangea plus en ville que moi. Je dissipe mon âme à pleine assiette. » (29 janvier 1911)

Et son apostolat ? 

Il prêchait mais sans plaisir, car il répugnait, comme il dit, à s’exhiber en chaire : « Notre Seigneur a donné la parole aux hommes pour qu’ils s’en servent mais il n’a pas dit qu’il fallait se mettre dans un coquetier. »

Bien vu !

Il fut tout de même l’agent principal de la conversion de l’écrivain Huysmans…

Bien qu’il n’ait point le talent de Jules Renard, son journal fourmille de traits d’esprit, lesquels, parfois, concernent la religion catholique. 

Par exemple, le 29 mars 1899, il évoque la confession de cette façon :  

« Défilé de femmes et de jeunes filles à mon confessionnal. Toutes les fautes. L’Humanité est incorrigible. Confessé de très grands noms et de très humbles. Toutes les consciences sont en butte aux mêmes tentations. »  

Mais encore…

« Non, je ne me ferai pas trappiste : c’est trop dur. Je ne me sens pas le courage nécessaire et cependant quand on croit ardemment à la brièveté de la vie et à l’immortalité de l’âme, la logique vous pousserait là. »

Est-ce votre trait préféré ?

Non, je préfère celui-ci : 

Il concerne la poétesse Anna de Noailles, qu’il admirait et avait confessée avant son trépas :  « Elle m’a dit des choses si belles, j’ai risqué l’absolution…»

Savoureux…

J’apprécie aussi beaucoup cette citation : 

Il déjeune un jour avec D’Annunzio qui lui cite un « vieux saint italien qui pleurait en mourant. Et comme on lui en demandait le motif, il répondit : Je pleure parce que l’amour n’est pas aimé. »

A propos de la crise dans l’Eglise, bien visible depuis Vatican 2, cette pensée à méditer, qui date du  29 août 1890

« Avant-hier, l’abbé M. de Saint-Honoré d’Eylau, hier M.B., de Saint-Louis d’Antin me disaient à peu près ceci : Nous sommes bien malades… Plus rien ne va dans l’Eglise de France. La médiocrité nous gouverne. Combien de temps cela durera-t-il ? Le premier de ces deux prêtres allait plus loin et ajoutait : Les jeunes prêtres n’ont plus la foi. L’édifice dogmatique est ruineux. Eh oui, le malaise est général et le pauvre cardinal de Paris s’en va répétant : Portez la tonsure ! C’est lugubre. On n’a jamais vu un archevêque remplir aussi bien les fonctions d’ordonnateur des pompes funèbres ! » 

C’est fort intéressant…

Il pensait que l’amour était le seul remède et que l’Eglise n’en distribuait pas assez. Il n’aime pas l’anticléricalisme de la IIIe mais n’approuve pas pour autant le bellicisme des catholiques, les positions de Maurras et les diatribes de Léon Daudet…

A mon grand regret, il ne prise guère les séances d’agressivité catholique liées aux Inventaires, en 1906…

« Ces pieux apaches qui pratiquent l’apologétique du coup de canne. Que cette anarchie catholique est loin de l’Evangile ! A quoi aboutirons-nous avec ces résistances ? Car les catholiques, certains du moins, veulent la réistance, montrent le poing au clergé qui ne résiste pas. »

L’Action française n’est pas sa tasse de thé ? 

Il a ce mot dans son journal le 29 septembre 1910 : « Charles Dupuis m’a dit que Maurras avait commencé par une vie de débauche extraordinaire. Et aujourd’hui, il prétend que le catholicisme ôte son “venin” à l’Evangile.  L’Action française, c’est le catholicisme sans le christianisme. »

A propos de l’AF, il cite un mot d’Henri Massis qui l’a intéressé.

« Ce mot d’ordre sous la plume de Maurras, de Barrès, ne signifie rien. Ils sont pour l’Eglise de l’ordre, au lieu d’être pour l’Eglise de la vérité. C’est la vérité qui crée, qui fonde l’ordre. »

Une dernière citation ?

C’est aussi un adepte de René Girard avant la lettre : « Quel courage il faut pour être soi ! On a contre soi la masse des autres qui ont abdiqué d’avance. Ils se regardent, ils se copient. Ils se singent mutuellement. »

Pour en finir avec le journal de l’abbé Mugnier, citez-nous un repas avec un grand écrivain…

Céline, cité à la date du 18 janvier 1933

« Hier déjeuné chez les Descaves avec leur fils Max, Céline et sa mère, le peintre Vlaminck. Céline fut tout de suite simple, gentil, bon enfant avec moi. Je lui dis que certains mystiques avaient parfois le langage très raide. Il ajouta que les vieux prédicateurs leur ressemblaient sous ce rapport. Ce fut à table un véritable feu… et fumée d’artifices. Céline parle facilement, tumultueusement, on le sent peuple, gamin. Il mime bien ses personnages, les fait parler avec toutes les répétitions nécessaires et beaucoup de hein. Il n’épargna pas mes oreilles de prêtre : pognon, couillon, putain, carne, truc, vache ; les verbes : enfiler, emmerder, bouffer, coucher avec, se succédaient. Il est allé à Berlin et il nous a dit que le peuple allemand est anarchique. Il est impossible qu’il fasse la guerre en ce moment. Il a peur des communistes et cette peur nous protège contre la guerre [...] J’ai fait signer deux exemplaires du Voyage au bout de la nuit. Céline s'y prête avec très bonne grâce, sur la table de la salle à manger, le premier destiné à la comtesse de Castries, le second pour moi avec ces mots : A M. le chanoine Mugnier, notre compagnon d’infini, bien amicalement et respectueusement. »

Aimez-vous Céline ? 

Oui, beaucoup et ce depuis que j’ai lu le Voyage, quand j’étais étudiant, dans les années 80.

Concernant son style, je pense, comme l’abbé Celier qu’il y a trois Céline, trois styles clairement identifiables  : celui des deux premiers romans, Voyage et Mort à crédit, celui, « définitif », des trois romans de guerre (D’un château l’autre, Nord et Rigodon), et, entre les deux, le style des pamphlets successifs… 

Pour faire court, sachez que j’ai beaucoup apprécié le Voyage, aimé Mort à crédit et pris du plaisir à lire de nombreux passages de Bagatelle.

Concernant D’un château l’autre, en revanche, je confesse m’être arrêté avant la fin car son (dernier) style me lassait… Mais je vais m'y replonger prochainement...

Vous avez raison...

Un texte de Céline m’avait enchanté, tiré de Mea culpa, le premier de ses pamphlets. Il a trait à la religion. C’est Philippe Muray, dans je ne sais lequel de ses exorcismes spirituels, qui me l’a fait connaître.

Ce texte démontre que si Céline n’était pas à proprement parler un catholique, il aurait mérité de l’être : 

" La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes, c'est qu'elles doraient pas la pilule. Elles essayaient pas d'étourdir, elles cherchaient pas l'électeur, elles sentaient pas le besoin de plaire, elles tortillaient pas du panier. Elles saisissaient l'homme au berceau et lui cassaient le morceau d'autor. Elles le rancardaient sans ambages : "Toi petit putricule informe, tu seras jamais qu'une ordure... De naissance tu n'es qu'une merde... Est-ce que tu m'entends ?... C'est l'évidence même, c'est le principe de tout ! Cependant, peut-être... peut-être... en y regardant de tout près.... que t'as encore une petite chance de te faire un peu pardonner d'être comme ça, tellement immonde, excrémentiel, incroyable... C'est de faire bonne mine à toutes les peines, épreuves, misères et tortures de ta brève ou longue existence. Dans la parfaite humilité... La vie, vache, n'est qu'une âpre épreuve ! T'essoufle pas ! Cherche pas midi à quatorze heures ! Sauve ton âme, c'est déjà joli ! Peut-être qu'à la fin du calvaire, si t'es extrêmement régulier, un héros de fermer ta gueule, tu claboteras dans les principes... Mais c'est pas certain"...»

C’est formidable ! Quelle plume !

Une chose est certaine, j’apprécie tellement le personnage que je me suis lancé il y a quelques jours dans La Vie de Céline de Frédéric Vitoux, une biographie fort copieuse, d'environ 1000 pages. 

L’envie de mieux le connaître m’est venue après la lecture d’un livre épatant : Ferdinand furieux, écrit par l’un de ses amis qui l’a aidé, si j’ose dire, à rebondir dans l’après-guerre. 

De qui s’agit-il ? 

De Pierre Monnier qui, dans Ferdinand furieux, présente les 313 lettres que l’auteur du Voyage au bout de la nuit lui a adressées pendant son exil au Danemark.

J’ai apprécié ce livre pour lesdites lettres, bien sûr !  mais surtout - surtout - pour l’étude très fine que Monnier fait de l’homme Céline et de son oeuvre.

Il parle des romans, bien sûr, que beaucoup de gens connaissent, mais également de ses pamphlets ô combien controversés, y compris aujourd’hui.

Ces fameux pamphlets que Gallimard a renoncé à publier…

Je n’évoquerai point les trois plus célèbres : Bagatelles pour un massacre, Les Beaux draps et L’école des cadavres, mais dirai deux mots sur le premier de la série, le moins connu, le plus court aussi - il fait vingt pages -  et qui, lui aussi, a été dévastateur, non pour l’image de Céline, mais pour la suite de sa carrière.

Pour Monnier, c’est ce pamphlet qui a valu à Céline « la haine la plus féroce et la plus durable, celle de l’intelligentsia de gauche, déjà puissante avant la guerre et toute puissante après 1945. »

Pourquoi ? 

« Avec Mea culpa, Céline a démystifié le communisme. Il a mis en lumière le vrai visage du stalinisme quinze ans avant Krouchtchev. Crime inexpiable », que les intellectuels de gauche, que les marxistes ne pardonneront jamais. »

Petit rappel de Pierre Monnier : « Quand Céline part pour l’Union soviétique en 1936, béni par ses traducteur Aragon-Triolet, personne ne suppose que cet ennemi de la société, de la bourgeoisie et du fric, ramènera dans ses papiers autre chose qu’un dithyrambe circonstancié comme les apprécient tant les thuriféraires français de Staline? 

« L’auteur du Voyage et de Mort à crédit est promis au rang de plus grand écrivain français, membre éminent du parti cpmmuniste. Il n’a jamais voulu s’inscrire mais il est dans la nature des choses qu’il rejoigne au plus vite les rangs du parti stalinien des opprimés. Le voyage en URSS sera décisif, poursuit Monnier. Moscou est sur le chemin de Damas. Tout l’appareil intellectuel du parti est prêt. Ca va chauffer…

« Céline revient, s’isole, médite et écrit 20 pages… pas vraiment agréables pour le communisme…»

Un extrait, s’il vous plaît…

« Ah, il est remplacé le patron ! Ses violences, ses fadaises, ses ruses, toutes ses garceries publicitaires ! On sait la farder la camelote! Ca n’a pas traîné bézef ! Ils sont remontés sur l’estrade, les nouveaux souteneurs ! Voyez les nouveaux apôtres, gras du bide et bien chantants…»

Et Monnier de conclure : « Du coup les yeux d’Elsa ressemblent encore plus que d’habitude à des mitraillettes, Aragon est tout chose… Cette haine qui manquait à Ferdinand, la voici qui accourt, elle ne l’abandonnera jamais. »

Merci pour ces lectures qui, je l’espère, séduiront certains de nos lecteurs. 

J’avais prévu de présenter ce livre avec Benoît Mancheron mais j’ai manqué de temps… 

En revanche, je vous ai écouté, vous avez pu citer un extrait  du livre de Renoir sur son père, votre extrait préféré. 

Oui, à ma plus grande satisfaction Mancheron me parla de cet ouvrage. Je pus ainsi faire connaître cette biographie qui fait revivre avec amour un homme, une oeuvre, un monde. C’est pourquoi elle a connu un succès mondial. 

Je vous écoute… 

« L’été tirant à sa fin, ma mère voulut rassembler des toiles que Renoir avait peintes aux environs et laissées chez sa soeur en attendant le retour à Paris. Impossible de retrouver ces tableaux ! Elle eut l’idée de monter au grenier et vit que plusieurs d’entre eux avaient été employés à boucher les trous du toit. Soupçonneuse, elle continua son investigation et, dans le fond du jardin, trouva d’autres toiles avec lesquelles Leray avait fait des cabanes à lapin. Elle ne lui envoya pas dire sa façon de penser. Leray écouta ces reproches avec la plus grande stupéfaction. Qu’est-ce que ça peut faire à Renoir… Il peint cela en rigolant. Ce n’est pas de la peinture sérieuse. En quelques jours il en aura refait d’autres ! Et il ajouta que la toile et l’huile de lin servant à ces bêtises étant de première qualité, ses lapins ne risquaient pas d’être mouillés par la pluie ! »

Formidable ! La scène aurait pu avoir lieu en Mayenne, à la même époque ! Terminons notre entretien par des citations qui vous ont plu depuis votre retour au travail ?

Avec joie. L'une est de Jean Raspail tirée du Camp des saints, ce chef d’oeuvre publié en1973, hélas dystopique. Je l’avais oubliée pendant mes vacances car où nous résidions, ma femme et moi, nous avons croisé très peu de « nouveaux Français », de Français de papier, de Français comme on en voit tant et tant aujourd’hui un peu partout. 

Sitôt de retour à Laval, puis à Paris, je ne pus m’empêcher de penser à ce qu’écrivit le Grand Jean Raspail dans son chef d'oeuvre précité : 

« Votre univers n’a aucune signification pour eux [les immigrés qui n’ont rien à faire chez nous hormis toucher les avantages sociaux que l’Etat - c’est à dire : nous - leur verse]. Ils ne chercheront pas à comprendre...ils feront du feu avec votre belle porte de chêne. Ils couvriront de caca votre terrasse et s’essuieront les mains aux livres de votre bibliothèque. Ils cracheront votre vin. Ils mangeront avec leurs doigts dans les jolis étains que je vois à votre mur. Assis sur leurs talons, ils regarderont flamber vos fauteuils. Ils se feront des parures avec les broderies de vos draps. Chaque objet perdra le sens que vous lui attachiez, le beau ne sera plus beau, l'utile deviendra dérisoire et l'inutile, absurde. Plus rien d'aura de valeur profonde, sauf peut-être le bout de ficelle oublié dans un coin et qu'ils se disputeront, qui sait, en cassant tout autour d'eux. Cela va être formidable !» 

« Y’aura qu’la fin de triste », comme disait ma grand-mère…

Dans le domaine du Grand remplacement, force est de reconnaître que le ras-le-bol est atteint et, je vous l’affirme, il m’arrive de calmer certains Français de souche qui me trouvaient trop virulent en 2014 - quand je faisais campagne contre l’africanisation de Laval.

On reparlera de tout ça prochainement...

Hélas !

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