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Les « 3 M » de l’été du lecteur JCG : Millet, Morand, Madiran (I)

JC Gruau, l’heure de la rentrée ayant sonné, parlez-nous, s’il vous plaît, de vos lectures d’été, qui peuvent intéresser certains de vos lecteurs…  Bien volontiers. J’ai commencé par faire un peu de ménage en achevant trois des nombreux ouvrages jonchés depuis plusieurs mois au pied de mon lit et, généralement, ouverts à la dernière page lue. Le premier que j’ai terminé, « Solitude du témoin », est le moins consistant de la bande par le nombre de pages, mais non par l’importance des idées et des remarques exprimées...

Qui est ce « témoin solitaire » ? Richard Millet, un grand écrivain français que la société littéraire – ou, à tout le moins ce qu’il en reste - a banni de ses rangs à cause de l’excès de talent et de courage qu’il témoigne depuis des années dans son œuvre pour décrire le monde tel qu’il est et, partant, tel qu’il va... si mal !

Il me semble que son catholicisme est également sanctionné… Vous avez raison, car Millet n’hésite jamais à le revendiquer. Non pour évangéliser les incroyants (l’un des principaux devoirs du chrétien, pourtant ! : « De tous les peuples, faites des disciples ! ») mais pour expliquer les fondements de notre culture et la perte que représente, pour elle et notre destin de Français, la déchristianisation qui progresse année après année – pour ne pas écrire : jour après jour - dans notre société dégénérée.

Que voulez-vous dire ? Pour Millet, « déculturation et déchristianisation vont de pair ; et les zélotes du parti dévot, les sicaires du Nouvel Ordre moral, les thuriféraires du Bien universel sont les héritiers de ceux qui ont rendu possibles le génocide arménien, Auschwitz, le goulag, les Khmers rouges, le Rwanda, et tout ce qui est à venir sur le mode de l’inhumain, de l’amnésie, du reniement de soi que l’incantation démocratique rend acceptables comme abstractions éthiques. »

De quoi parle « Solitude du témoin » ? De cette déchristianisation, par exemple. Mais, plus généralement, de la triste époque actuelle qui, entre autres, glorifie l’insignifiance. Du déclin de la phrase complexe française. De la guerre civile qui a cours dans notre pays où l’on peut se faire tuer pour un simple « mauvais regard »… Dans la dernière partie, sobrement intitulée « Chronique », Millet commente quelques faits d’actualité ou de la vie quotidienne, qu’il juge révélateurs de la société occidentale actuelle comparée à « une vaste scène pornographique, non pas divisée en sociétés, cultures ou nations mais à prendre tout d’un bloc, la pornographie étant la nouvelle universalité, et un des nerfs de la guerre en cours. C’est pourquoi, poursuit Millet, cette chronique évoquera surtout l’obscène, lequel se cache souvent dans la grande vertu qui est en train de s’imposer, et dont le culturel est l’un de ses visages. »

Qu’est-ce donc que ce culturel dont cet écrivain parle si souvent (et parfois avec un C majuscule) ? C’est « l’alliance du divertissement et de la Propagande », c’est-à-dire « un conditionnement de masse opérant au nom même du narcissisme individuel. »

Rien à voir avec la culture ? Non, l’idée de culture est morte en tant que civilisation, indique-t-il… « La culture, pour peu que nous tenions encore à ce mot, écrit Millet, est donc pour nous une expression caduque, car employée par le politiquement correct dans ses redéfinitions (raciales, ethniques, sexuelles, sociologiques) de l’humain, à quoi la littérature a été la première sacrifiée, à commencer par la langue, désormais vouée au consumérisme et à la Propagande, entre deux régimes de terreur que sont l’islamisme (avec l’antiracisme d’Etat pour corollaire) et la Culturel » justement.

Millet parle-t-il aussi de la mort de la culture générale ? Bien sûr ! Il dit que cette mort « n’est pas seulement le signe de la fin de la bourgeoisie cultivée qui a rendu possible la littérature, la musique et l’art pendant des siècles » ; il dit que cette mort « est aussi le signe d’un assentiment à la servitude volontaire, cette disposition d’esprit sur quoi table le capitalisme mondialisé qui a substitué le consumérisme à la culture, et la "solidarité" à la dialectique maître/esclave : une solidarité horizontale, d’où est banni tout rapport de domination (exercé par le Blanc, l’hétérosexuel, le mâle, l’Européen, le chrétien, la hiérarchie, la langue), au profit du flottement hédoniste de l’indéterminé, voire de l’indéterminable, qui est pour nous un signe du démon. »  

Vous parliez – enfin, vous faisiez parler Millet - de la langue « sacrifiée », qu’en dit-il exactement ? Que « rien n’est plus haï, ni méprisé aujourd’hui », que cette langue, « l’époque haïssant le développement, le classicisme, l’incise, la relative, le subjonctif, le balancement, la douceur du e muet, la mutité chantante, le rythme – lequel, rappelons-le, n’est pas la misérable répétition binaire du même, mais la variation de l’inattendu. »

J’imagine que le multiculturalisme si prisé par les politiciens aux ordres du Système lui donne des boutons ! Forcément ! Car « les coups de boutoir du relativisme multiculturel » ont entraîné la disparition du style, de la langue et donc de la littérature, « et par conséquent celle de la France comme nation littéraire ». Le mélange des cultures pratiqué comme c’est le cas aujourd’hui avec l’immigration de peuplement entamé depuis de nombreuses années et considérablement aggravé  –depuis ces dernières semaines - avec l’arrivée des innombrables « migrants » (bonjour la novlangue !) ne peut déboucher que sur la mort des cultures européennes en général et de la nôtre en particulier. Et ce d’autant plus rapidement que les dépositaires de ces dernières – nous autres, Français, en l’occurrence !– nous en moquons dans les grandes largeurs comme de notre première « live box » !

C’est vrai que je vous imagine mal enseigner les subtilités du subjonctif à des gamins qui ne parlent pas un mot de français ! Donc, forcément, comme ces « migrants » seront, à terme, plus nombreux que nous, que nos enfants, c’est leur langue qui triomphera de la nôtre ! Ou une langue bâtarde qui n'aura rien à voir avec la nôtre ! A moins qu’on refuse du jour au lendemain d'accepter les immigrés et… qu’on redonne à « l’Education nationale » son objectif initial qui est d’instruire les enfants, de leur apprendre à lire, écrire et compter et non à vivre ensemble en disant toujours « amen » à l’étranger qui devrait, lui, se faire tout petit pour se faire accepter dans son pays d’accueil !   

Notre culture est donc vraiment en danger ! En danger !!! Pire que cela : elle se meurt ! Et dans la quasi-indifférence des Français dits de souche qui devraient prendre le temps de la défendre de toute urgence au lieu de regarder des émissions de télé à la noix et/ou de pratiquer à longueur de journée des jeux vidéos abrutissants !

Ah, on peut vraiment affirmer que le niveau baisse ! Je parle du niveau culturel, pas du niveau de l’impolitesse, de la violence injustifiée, de la lâcheté citoyenne quand il s’agit de défendre la femme blanche qui se fait agresser, etc.  Oui. Et pour nous faire mesurer cette considérable baisse de niveau, Millet évoque ce qui a permis, « en une dizaine d’années » seulement, « de passer d’un monde infiniment complexe aux simplifications manichéennes du politiquement correct – c’est-à-dire à l’impossibilité de toute critique et à l’expiation infinie (post-nazie, postcoloniale, post-chrétienne, post-littéraire, post-européenne) ».  

Ah, cette mauvaise conscience qui nous tue avec autant d’efficacité que la pornographie ambiante que vous évoquiez tout à l’heure… Oui, nous crevons littéralement de cette incapacité à assumer notre histoire, notre passé, nos fiertés nationales de jadis ! Nous nous dépensons sans compter pour pondre des lois et des arrêtés tous plus liberticides les uns que les autres, offrir le mariage pour tous à des gens incapables de le vivre pleinement ou, entre autres « combats modernes », pour acheter à nos gamins le dernier smart-phone qui leur permettra d’être « reconnu » à l’école. Mais nous refusons de défendre notre langue, nos traditions, nos coutumes ! Et tout ça parce que nous vivons dans la peur permanente d’être taxés de nazi, de pétainiste, de Vichyssois, de « vieux con » !

Maurice Bardèche avait déjà tout dit dans son ouvrage « Nuremberg ou la terre promise » au lendemain de la seconde guerre mondiale ! Oui. Lumineux Bardèche. Mais le pire est à venir : mourir comme des chiens, sans même prendre les armes, préférant jouir jusqu’au bout de notre abonnement à notre « live box » (encore elle !) !  Laquelle nous permettra – en « live », c’est le cas de le dire ! – de voir « nos » envahisseurs entrer dans notre jardin (pour ceux qui en ont un) puis dans la pièce principale… Je ne veux pas faire de catastrophisme mais enfin… le film d’horreur est lancé, ça vient !  

En fait – atteints par cette « fatigue du sens » que Millet a si bien décrite dans son livre éponyme - nous ne savons plus transmettre ce que nos ancêtres (se) transmettaient de génération en génération… Comme l’écrit Millet, « l’homme contemporain se voue à l’effondrement du sens dans le non-événement ; le simulacre comme déperdition télévisuelle de l’événement. »

Dites, il n’est pas franchement drôle, votre Richard Millet ? Non, car il décrit nombre de vérités que le Système ne peut que refuser de mettre en avant sans risquer de se condamner lui-même ! Vous connaissez la chanson : « Le poète a dit la vérité, il doit être exécuté…» Le problème, c’est que ces vérités sont – hélas ! - trop fines, trop complexes pour nombre de « citoyens », qui ont passé trop de temps devant leur poste de télé ou dans leur Ouest-France…  Trop fines aussi pour nombre de journalistes, qui ne lisent rien, n’ont jamais rien lu et ne s’intéressent à rien d’autre qu’aux sujets recommandés par le Système : Shoah, réchauffement climatique, « bienfaits » du métissage obligatoire, dangers que f(er)ait courir le Front National de Florian Philippot… Et qui n’ont qu’une mission à mener entre deux crachats anti-Pétain : glorifier l’homme venu d’ailleurs, L’Autre !

Que dit Millet concernant ce dernier ? Il évoque – je le cite de nouveau - la « surestimation quasi névrotique de l’étranger (de l’immigré, du « sans-papiers », du clandestin) comme sujet romanesque, laquelle surestimation tente de retrouver sa légitimité dans le multiculturalisme, c’est-à-dire dans le renoncement à l’identité culturelle au profit de tensions politico-religieuses qui sont un facteur de guerre civile. »

Tout cela est fort intéressant mais j’aimerais que vous évoquiez la nocivité du multiculturalisme par des exemples concrets, à la portée de tous nos lecteurs. Car les extraits que vous nous avez cités sont difficiles à saisir pour ceux qui ne sont pas habitués au style de Millet, à sa façon de s’exprimer. Auriez-vous cela en stock ?  Bien sûr, hormis quelques passages qui méritent d’être relus pour être parfaitement compris, le livre se lit facilement. Ouvrons, par exemple, la page 100 où Millet narre une scène de la vie ordinaire dans la France de 2015, une scène qu’aucun romancier n’a l’intention de « traiter » s’il souhaite être édité sur la place de Paris... La voici :

« Une grosse femme noire en niqab monte dans le wagon du RER, à Vincennes. Il est onze heures du soir. Elle va s’asseoir à une place où elle fait face à deux fillettes blondes qui somnolaient l’une contre l’autre et qui, réveillées en sursaut, se mettent à pleurer en voyant devant elles ce quasi-fantôme qui glapit alors à l’intention de leur mère, assise de l’autre côté de la travée, qu’elles sont racistes. La mère, alors, les larmes aux yeux, incapable de proférer le moindre mot baisse la tête, se lève et emmène ses filles à l’autre bout du wagon. » 

On s’y croirait ! Oui, mais vous sentez parfaitement qu’en lisant cet extrait vous avez un pied sur la ligne jaune du politiquement Très Incorrect ! Attention, vous êtes dans la zone extrêmement dangereuse, surtout si vous souhaitez un jour devenir président du Rotary Club de votre ville natale ! Si vous doutez de ce que j’énonce, faites un test : lisez cet extrait devant des amis un peu « gaucho-bobo sur les bords » ou lecteurs (fidèles ou occasionnels) de La Croix et vous verrez qu’une gêne s'installera immanquablement après votre dernière phrase… De là à dire que ces gens choqués ont envie de voir la « grosse femme noire en niqab » devenir leur voisine de quartier, je n’en suis pas persuadé…

Avez-vous un second exemple tiré de « Solitude du témoin », s’il vous plaît. Oui. Il concerne le Cid de Corneille : 

« On n’étudie plus le Cid, sinon par quelques extraits : c’est moins la langue et la morale de Corneille qui ont vieilli (encore que l’honneur et l’héroïsme aient été remplacés par les droits de l’homme et l’humanitarisme) que le fait qu’il est impossible d’enseigner  en France, une pièce dans laquelle les « Maures » sont défaits par les chrétiens. » Et Millet d’ajouter : « C’est ainsi une part de notre mémoire vive qui s’abolit par une décision politique prônant cette forme d’ignorance volontaire qu’est le renoncement à soi. »

C’est vraiment très bon, donnez-nous en un dernier, celui que vous préférez…  « Ecrivains français : la peur et la lâcheté sont les fondements de leur existence sociale ; c’est pourquoi ils sont tous de gauche, même ceux qui votent à droite et qui venaient s’encanailler dans mon bureau, lorsque j’étais éditeur, pour me dire l’horreur que leur inspire le monde contemporain, les mariages contre nature, la déchristianisation, l’abâtardissement de la langue… Couards et insignifiants, oui, comme le montrent leur silence et leurs écrits, et payant leur tribut à la grande déesse consensuelle, quelquefois récompensés de leur servitude par un petit prix littéraire, un fauteuil à un jury, des services de presse à domicile : efforts de toute une vie, couronnement de l’absence d’œuvre et d’une servilité active. »

Pour conclure, je dirai que Millet (a) écrit une œuvre et n’a rien de servile. Non. C’est pourquoi, quand je tombe sur un de ses livres et qu’il me reste de quoi me l’offrir, je l’achète et je me nourris, stylo en main.

Et ses romans ? Plus tard, quand l’envie m’en plaira. Nous en reparlerons…  

Parlons maintenant du second livre que vous avez achevé durant l’été… Il s’agit de la biographie de Paul Morand, déjà vantée en mai dernier sur ce site - et rédigée par Ginette Guitard-Auviste. Même si le personnage Morand n’a rien pour m’enchanter (il ne tient pas en place, manque de courage physique, déteste les enfants…), je suis sensible à sons style et à nombre de ses idées, pensées et autres réflexions qui atteignent – bien souvent - la force de l’apophtegme.

Citez m’en quelques-unes histoire de faire saliver nos lecteurs qui ne connaissent pas ce cher Paul…  Par exemple, Morand revient sur le fait que les écrivains les plus « productifs » sont souvent ceux qui laissent leur langue au vestiaire quand il s’agit de communiquer avec autrui : « J’écris parce que je ne peux pas parler », note-t-il.  C’était aussi l’avis de Françoise Sagan qui, petite fille, lors des dîners en famille, ne trouvait jamais ses mots pour obéir à un ordre paternel : résumer en trois minutes la journée écoulée… Mauvaise à l’oral, Sagan se vengea de manière éclatante  quelques années plus tard avec son stylo…

« Bonjour… Tristesse » ! Comment le savez-vous ?

Vous m’en aviez déjà parlé car, ne le prenez pas mal cher JCG, mais vous commencez à vous répéter… Cela m’arrive certainement plus que cela ne devait arriver à Morand ! Lequel aimait à commenter ainsi son absence de bagout entre deux bouchées et la poire et le fromage : « Je ne puis pas briller aux repas car pendant la première partie, j’ai faim, et pendant la seconde, j’ai sommeil. » 

Ce Morand était-il un penseur, un homme dont l’avis était de nature à éclairer les grands événements du monde ? J’en doute si j’en crois cette formule que d’aucuns écrivaillons feraient bien de garder en mémoire : « Je me défends d’avoir des théories ; les théoriciens n’en vivent pas et les créateurs risquent d’en mourir. »

A défaut de théories, j’imagine qu’il savait tout de même dire des choses plus profondes qu’elles ne peuvent le laisser paraître. Oui, par exemple sur les U.S.A. : « L’Amérique m’a enchanté la première fois que j’y ai débarqué… Un gratte-ciel, je considérais que c’était un bienfait de la civilisation. Aujourd’hui, je considère que c’est un rez-de-chaussée répété cent cinquante  fois, avec un manque d’imagination totale. » Cette remarque permet du reste d’en citer une de celui qui deviendra son confident après la Libération, en 1952, Jacques Chardonne : « Avant 1944 c’est l’époque qui triomphe chez Morand ; après 1944, il triomphe de l’époque. » Bien vu, non ?

Si vous le dites. Et, concernant la politique ? Pour lui, elle « est l’ennemi du style, seule vérité… La politique introduit dans l’œuvre d’art des idées ; or les idées font crever les œuvres d’art, leur font descendre le fleuve du temps le ventre en l’air… »

Il a pourtant été jugé pour ses prises de positions politiques, ou, à tout le moins, pour son refus de critiquer le comportement du Maréchal pendant les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Oui. A ce propos qu’il me soit permis de citer sa biographe, qui précise des choses essentielles concernant le jugement que l’on doit porter sur le cas Morand ! « Les passions politiques, encore chaudes quarante ans après, écrit-elle, font juger ses actes sans aucune indulgence par les uns, avec une bénignité excessive par les autres. La vérité, comme toujours, est au milieu, ce truisme qu’on oublie souvent parce que les jugements extrêmes sont plus commodes : on oublie en même temps qu’aucun être humain n’est étiquetable, et les artistes moins que tout autre, dont les nerfs ont des réactions qui échappent à toute prévision ou classification ; on oublie qu’avec ce qu’on appelle ici "le mal" et là "le bien", ils tissent leur toile qui se situe au-delà du bien et du mal, dans cet "ailleurs" où d’autres hommes iront la chercher comme secours de beauté à leur misères ; on oublie que l’artiste n’est responsable de ses opinions, devant ses lecteurs que s’il s’est consciemment voulu meneur d’hommes, professeur de morale, montreur d’exemple, "engagé", c’est-à-dire autre chose qu’un artiste. A aucun moment d’une longue existence, cette position ne fut celle de Morand. »

Lequel fut un artiste qui, cette biographie en témoigne, travaillait énormément. Oui, c’était un travailleur acharné concernant ce qu’il convient d’appeler sa vocation : l’écriture. « Il m’arrive de refaire cinq fois un manuscrit, écrit-il, le plaisir, pour l’auteur, c’est de peiner et le plaisir, pour le lecteur, c’est de croire que tout est facile.»

Une dernière moranderie, pour la route… « Comme c’est ennuyeux de vieillir… quand on est vieux. Quand on est jeune, ça ne fait rien. » Tous ceux qui ont dépassé la barre des cinquante ans peuvent en témoigner, même si le passage du demi-siècle n’est pas synonyme, loin s’en faut, de fin du monde…  

Le troisième ouvrage que vous avez achevé est d’un genre radicalement différent puisqu’il s’agit du second – et (hélas !) dernier - volume des « Chroniques sous Benoît XVI » qui couvre la période 2010-2013, laquelle année 2013 fut la dernière de son auteur, le grand journaliste et essayiste « traditionaliste » Jean Madiran. J’avais entamé ce volume, juste après la relecture intégrale du premier tome, le 17 juin 2015 avec un plaisir indicible : celui de découvrir ou de mieux comprendre certaines explications ayant trait – je cite Jeanne Smits  - « au mensonge et au mal qui se sont institutionnellement répandus dans la société française et qui semblent bien y triompher. Depuis quand ?, poursuit Mme Smits dans sa remarquable préface : Depuis que la Déclaration des Droits de l’Homme a défini comme source de tout pouvoir la "volonté générale", refusant toute loi qui lui soit supérieure. » Et Dame Smits de poursuivre : « Ce thème traverse l’œuvre de Madiran depuis le début, il en est la clef sur le plan temporel, il désigne un désordre fondamental qui devient de plus en plus difficile à rectifier, à mesure que la "dictature du relativisme"  et l’idolâtrie de la démocratie progressent, en même temps que les capacités de refus raisonné de ce mensonge s’étiolent avec la régression de la culture et le décervelage programmé. »

On rejoint un peu le diagnostic de Richard Millet… Si on veut.

J’ai néanmoins l’impression qu’il s’agit d’un ouvrage réservé aux cathos de droite, à ceux qui pensent que l’Eglise a de bonnes raisons de combattre son ennemie jurée : la Révolution ! « La Révolution de 1789 […], écrit Madiran, avait pour but principal de soumettre l’Eglise afin de l’instrumentaliser ou de la détruire. Sa déclaration des Droits de l’homme a formulé le principe de supprimer toute autorité, toute loi supérieure à la conscience humaine (individuelle ou collective) : la seule obligation morale, la seule autorité légitime est celle qui est issue de la "volonté générale", laquelle bien sûr est un mythe, mais un mythe efficacement destructeur de tout ce qui n’est pas lui, et c’est ainsi que la démocratie moderne est une "dictature", c'est-à-dire une tyrannie, surtout dans le domaine de la morale et de la pédagogie. »

Tiens, ces propos me font illico penser à Valls, Taubira et consorts ! Forcément puisque les socialos au pouvoir aujourd'hui sont les héritiers – déchaînés, voire hystériques - des Révolutionnaires de 1789, lesquels, souvenez-vous, eurent « pour première urgence non point de donner à la France une constitution politique, qui ne viendra qu’en 1791, mais de lui donner dès 1790 une constitution civile du clergé, qui entendait soumettre l’Eglise au pouvoir démocratique. »

C’est vrai, j’avais oublié cette antériorité ! C’est pourquoi Madiran rappelle que « la pensée et l’action contre-révolutionnaires ont été mises en œuvre par l’Eglise, plus ou moins selon la diversité des circonstances et celle des souverains pontifes. Il s’agit essentiellement d’une légitime défense, intellectuelle et politique, contre l’agression révolutionnaire. » Mais attention !, précise cette fine plume, « la contre-révolution n’est cependant pas, cela doit rester évident, l’essence ni la finalité de l’Eglise. La contre-révolution n’en est qu’une conséquence occasionnelle mais inévitable, dans le domaine du bien commun temporel des sociétés politiques, lequel n’est cependant pas séparé, mais seulement distinct du spirituel. »

J’ignore si vos lecteurs vous suivront… Je l’espère, car ce livre est prodigieux d’intelligence et tout Français attaché à la culture catholique de son pays –qu’il ait ou non la foi, cadeau du Ciel - pourra y trouver son bonheur… Et – surtout -  mieux comprendre pourquoi l’épiscopat actuel fait si souvent fausse route pour attirer à lui les âmes assoiffées de grandeur ou, plus exactement, de hauteur, de verticalité ! Mais je refuse d’en dire davantage car c’est un ouvrage si riche, si intéressant qu'on ne peut le résumer en quelques phases. Sachez tout de même que j’ai un plein cahier de notes qui lui sont exclusivement consacrées !

C’est le grand livre de vos vacances ? Disons que c’est celui que je garde le plus près de mon bureau, et que je vais reprendre vingt fois dans l’année pour mieux comprendre tel ou tel point concernant les bienfaits de la messe tridentine, les méfaits du catéchisme actuel, des vérités énoncées par Maurras…

Vous m’avez l’air totalement emballé par cet ouvrage ! Oui. J’ai d’ailleurs appelé l’éditeur (le patron de la maison Via Romana) pour le féliciter d’avoir publié un tel bijou d’intelligence…

…mais qui n’a pas dû lui faire gagner le moindre kopeck ! Exact ! Il m’a répondu qu’il n’en vendait quasiment aucun et que la presse l’avait boudé ! Il est vrai que le quotidien Présent n’accueillerait peut-être plus Jean Madiran s’il revenait sur terre… Même si ce quotidien garde de nombreux mérites, il est devenu l’un des plus chauds supporters du nouveau FN.

Pourquoi dites-vous cela ? Parce qu’un des élus convoqués aujourd’hui même à Nanterre pour s’y faire « dégrader » par les huiles philippotiennes m’a indiqué qu’il y en avait plusieurs exemplaires dans la salle d’attente… Ce dont je me réjouis car j’avais, après mon passage, dénoncer le fait qu’il n’y avait sur la table que de vieux exemplaires de VSD et du journal de BB destiné, non à vanter ses charmes d’antan, mais nos amies les bêtes…

Vous voulez me laisser croire que notre entretien ici-même ou celui que vous avez accordé à Jérôme Bourbon dans Rivarol aurait eu des conséquences heureuses à Nanterre. Qui sait ! Mais je n’en tire aucune gloire...

JC Gruau, parlons maintenant de deux ouvrages relatifs aux présidences de François Mitterrand, que vous avez dévorés en quelques heures… Si vous le souhaitez, mais je vous propose de vous en dire deux mots dans les jours qui viennent car je pense que nos lecteurs en ont eu assez pour aujourd’hui.

Vos désirs sont des ordres...  Merci. A très bientôt cher Bois-Renard  ! 

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