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Le Père Laizé, l'Abbé Pierre mayennais

abb-laizLe célèbre Abbé Pierre eut longtemps un alter ego en Mayenne : le père Laizé (1905-1988), un prêtre qui commença à servir les plus pauvres pendant la guerre 39-45...

 

Prof de philo 

Né en 1905 à Fougerolles-du-Plessis, Paul Laizé fut ordonné prêtre à Laval en 1930 et devint professeur de philo, latin-grec à l’Immaculée Conception et à Haute-Follis trois ans plus tard. Mais c’est en 1942 qu’il commença à devenir le Père Laizé…

France Bleu Mayenne

En 1982, ce personnage haut en couleur eut droit à une longue interview sur Radio France Mayenne (France Bleu aujourd’hui). Dans ce document exceptionnel il évoque l’aide qu’il apporta aux réfugiés qui vivaient alors dans des baraquements en planches situés au Champ de courses de Laval…

Un jour, le supérieur de l’époque le convoque : « Dites donc vous, vous êtes assez vigoureux… Est-ce que vous pourriez vous charger de recevoir ces réfugiés qui viennent un peu de tous les pays ?»

La première messe

Le curé « vigoureux » dit « oui » et se voit charger d’aller, le dimanche suivant, célébrer la messe au Champ de courses alors en construction. « Je me suis dit : je vais leur faire quelque chose de bien pour les réveiller, pour leur faire plaisir, les sortir de leurs bombardements, de tout ça… »

« Quand je suis arrivé, se souvient le père Laizé, c’était la grande foire ! Une foule grouillante, des enfants qui criaient…Comment célébrer la messe dans ces circonstances-là ? »

L’Eucharistie

Sans se démonter, le père s’installe en se faisant la réflexion suivante : « Si le Seigneur existe et si vraiment il a créé l’Eucharistie, il voit bien l’affaire… Qu’il n’y a pas de raison pour que ces gens-là n’y participent pas un jour dans leur vie… Ce doit être aujourd’hui puisque je suis là… »

Alors, ayant avec lui la traduction des prières en français, il décide de « devancer Vatican II » du mieux qu’il peut… Vient la consécration : « Mesdames, Messieurs, les enfants, dit-il d’une voix plus forte, à partir de maintenant je demande le silence ! Il va se passer quelque chose que vous ne pouvez pas voir, et vous ne savez pas ce que c’est… »

Moïse sur la montagne !

« Mais croyez-moi, poursuit-il, je vais faire quelque chose d’absolument inouï… Je vais vous en parler après, je vais vous dire ce qui ce qui s’est passé… Alors, s’il vous plaît, taisez-vous ! Fermez les yeux ! Enlevez les cigarettes ! »

Le résultat ? « Comme un seul homme ils ont tous obéi… Moïse sur la montagne ! »

Cette messe a profondément marqué le père Laizé : « Ce fut la plus belle que j’aie jamais dite de ma vie !» C’est elle qui lui a permis de comprendre que « tout est affaire de cœur, de confiance. Et que rien, jamais, n’est perdu d’avance ! »

Organiser des fêtes

Dans son interview de 1982, fort de ses 40 ans d’expérience, le père Laizé revient sur la meilleure manière d’aider les pauvres, laquelle « refuse d’entretenir leur souffrance » et de « se pencher dessus perpétuellement » !

C’est pourquoi il organisait constamment des fêtes, des jeux, des promenades… « Enfin, toutes espèces de choses agréables, pour que les gens puissent rire un peu et avoir un peu de plaisir à vivre, bien qu’ils ne soient pas dans des conditions physiques et matérielles agréables… »

L’essentiel : le cœur

Ses tâches auprès des sans-abri ou des habitants des baraquements de fortune (à Beausoleil, près du Viaduc ou place de Hercé), Paul Laizé met un point d’honneur à les effectuer avec entrain.

Il sait qu’elles sont indispensables pour les pauvres, bien sûr, mais aussi pour lui car elles empêchent « de se durcir dans la vie, de se scléroser », de perdre l’essentiel : « le cœur ».

Chacun chez soi

En revanche, ce proche des pauvres n’a jamais souhaité vivre avec eux : « Quand arrivait une nouvelle famille j’avais remarqué qu’elle se mettait au diapason des autres. C’est-à-dire que si elle était un peu supérieure, elle se rabaissait plus encore. J’avais peur d’être pris dans l’engrenage. » Il se disait : « Si j’habite avec eux est-ce que je ne vais pas me laisser embrigader dans cette misère et m’y trouver bien ! »

Le but recherché c’était de « les relever », de les faire sortir de cette misère. « Et pour cela, il fallait que moi-même je reste fort ! » C’est pourquoi il conserva longtemps cet équilibre entre les cours de philo et les occupations de ce monde-là…

Jusqu’en 1954, précisément, année où, suite à sa rencontre avec L’Abbé Pierre, il abandonna l’enseignement pour de nouvelles aventures décrites ici 

 

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