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Adieu, chère Librairie française (III)

Cher JCG,  je vous propose d'ouvrir ce troisième entretien concernant votre passage à la Librairie française comme nous avons terminé le précédent : par une anecdote amusante… Demande acceptée ! Je me souviens qu'un jour le gérant était très fier de me montrer l'une des caisses en carton destinées à contenir des livres d'occasion que nous disposions sur le trottoir de la rue Bartholdi afin d'attirer le chaland. Une caisse qu'il avait, comme on dit quand on parle le péteux sans peine, «customisée».

Tiens donc, et pourquoi une telle fierté ? Parce qu'il était, je pense, persuadé d'avoir inventé un procédé tout-à-fait exceptionnel pour la rendre beaucoup plus maniable que toutes les autres caisses qu'il me fallait sortir chaque jour où la pluie ne s'invitait pas à Paris !

Ah oui, lequel ? Deux trous de chaque côté permettant de la porter sans avoir à la prendre par en-dessous : en insérant, au choix, deux ou trois doigts de chaque main dans chacune des perforations… Et notre Géo Trouvetou contre-révolutionnaire de joindre le geste à la parole en exhibant une mine on ne peut plus réjouie.

Contrairement à la vôtre… Disons que j'ai assisté à cette présentation avec un visage aussi sérieux, aussi grave que si ma mère m'avait annoncé, soixante ans après les faits, que mon père n'avait joué aucun rôle dans ma conception…  Je n'ai pas voulu me bidonner car je crois qu'il était absolument convaincu d'avoir mis au point un nouveau procédé susceptible d'assurer un avenir radieux à la librairie en général et à la française en particulier…

Rien que cela ? [rires] Qui sait ? Mais ce qui est certain, c'est qu'il y avait en lui non pas quelque chose de Tennessee, comme chantait l'autre, mais de «Mr Bricolage».

D'aucuns trouveront cela touchant…

Maintenant que nous nous sommes bien amusés, revenons, si vous le voulez bien, à ce sinistre 8 septembre où le gérant vous a annoncé la fermeture prochaine de la boutique que vous avez tenue avec tant de passion pendant plus de cinq ans… Que voulez-vous savoir de plus ?   

Quelles ont été, cher JCG, les réactions de vos nombreux clients ?  Le mot qui me vient spontanément à l'esprit, et qui résume bien ce que pensait la majorité d'entre eux après l'annonce funeste, est : sidération. Eh oui, les clients étaient sidérés. Sidérés de chez sidérés. Autrement dit : frappés de stupeur. Hein, quoi ? La Librairie Française va fermer ? et vous, vous allez nous quitter ? Impensable !

Tous ? Oui, tous ! Qu'il s'agisse de très proches, de fidèles qui venaient toutes les semaines et parfois tous les deux trois jours (Franck le chauffeur de taxi, Francis «le ministre», Vincent dit Statham…). Ou de clients occasionnels, qui fréquentaient la librairie deux fois par mois. «Mais pourquoi veut-il fermer une boutique où il y a toujours du monde ?» est la question qui revenait le plus souvent. Incompréhension totale !

C'est peu dire que la nouvelle avait du mal à passer…

Que leur répondiez-vous ? Que le gérant jugeait la boutique insuffisamment rentable… Qu'il en avait marre… Qu'il avait ses raisons - financières - qu'un vendeur dit polyvalent tenu à l'écart du moindre bilan, ignore nécessairement…

Je répondais de la sorte mais, dans un premier temps, il me fallait surtout les convaincre que le gérant ne bluffait pas ! Qu'il allait réellement passer à l'acte ! Car beaucoup pensaient qu'il avait dit cela sur un coup de tête, qu'il allait forcément changer d'avis, qu'il était impossible qu'il fermât un espace de liberté pareil, etc.

C'était d'autant plus difficile à avaler pour certains qui étaient bien placés pour savoir que la boutique n'était jamais déserte ! Eh oui, on ne ferme pas une boutique qui accueille tant de clients chaque jour !, me répondaient-ils.  A ce sujet, comme je l'ai déjà glissé dans notre premier entretien, les dix jours qui suivirent l'annonce du 8 septembre furent excellents sur le plan des ventes, avec trois dédicaces de qualité dont l'une, celle de Pierre Hillard, le samedi 17 septembre, déjà évoquée lors de notre premier entretien, fut un véritable triomphe ! Plus de cent volumes vendus ! Un CA historique ! Lequel permit au gérant de s'y retrouver financièrement…

Vous voulez dire qu'il n'était plus en mesure de vous tenir les mêmes propos alarmistes que le 8 septembre concernant votre comptabilité… Exactement. Et sachez qu'il a même pu récupérer tout ce qu'il voulait…

C'était donc un grand jour, un de plus, que cette énième dédicace hillardienne ? Oui, mais je quittai néanmoins ce soir-là ma librairie préférée plus triste que jamais car je savais pertinemment que ce succès n'aurait aucun impact sur la décision du gérant, qu'il n'y avait aucun moyen de le faire changer d'avis, de sauver la boutique et mon poste...

C'est ce qui m'a du reste le plus peiné dans cette affaire ! Rien ne pouvait être fait, tenté, envisagé pour convaincre le gérant de maintenir en vie sa boutique…

C'était plié ! Pas l'ombre d'un retournement possible ! Ah, si nous avions pu nous battre pour survivre, si des objectifs avaient été mis en avant !

Quand a eu lieu votre entretien dit «préalable de licenciement» ? Tardivement, si j'ose dire : le mardi 25 octobre, ce que le gérant m'apprend le jeudi 20 en me remettant en main propre ma convocation.

Ce jeudi-là, toujours au même endroit, devant mon bureau, nous avons un nouvel entretien - cela devient une habitude ! - entretien qui est soudain devenu tendu quand le gérant m'a fait comprendre qu'il ne souhaitait pas fermer la librairie plus tôt que d'habitude le samedi 24 décembre pour que je puisse prendre un train, vers 17h au plus tard, me permettant de rentrer chez moi en Mayenne dans les temps, afin de pouvoir participer à la soirée de Noël en compagnie de ma famille au grand complet…

Etant grand-père depuis bientôt un an j'attache à cette soirée une importance d'autant plus vive que «Jeanneton», notre première petite-fille, sera dans la belle-famille de ma fille aînée lors du Noël 2023...

Or je sens que ma demande n'émeut aucunement le gérant…

Au contraire !

Il ne comprend pas que le futur chômeur que vous êtes puisse avoir une très forte envie de se retrouver chez lui en famille le 24 décembre ? Non ! Et j'avoue être terriblement choqué par sa réponse, digne d'un capitaliste de la pire époque, et d'un capitaliste antichrétien qui plus est puisque nous évoquons le 24 décembre, la veille de l'arrivée de Qui vous savez :  «Mais cette journée-là est la meilleure de l'année et c'est l'intérêt de la société que nous fermions la boutique à 19 heures !», argumente-t-il.

Et d'ajouter, sur un ton martial  : «Nous l'avons toujours fait !»

Non ? Si ! Bien que sidéré par cette remarque, je trouve assez de salive pour lui répondre que le 24 décembre n'est pas nécessairement la meilleure journée de l'année et que les ouvrages achetés «à la dernière minute» - par les rares personnes qui ont traîné pour leurs cadeaux de Noël -  ne représentent jamais un chiffre d'affaires tel qu'il puisse justifier de «sauter» la soirée du 24 décembre en famille !

Je me permets de lui dire également que s'il veut gagner de l'argent, il serait bon qu'il envoie sans tarder les caisses de livres qui attendent depuis des semaines de repartir chez leurs éditeurs respectifs afin que la Librairie française puisse bénéficier d'un avoir important sur les prochaines commandes… Je lui parle également de l'inventaire, qui permet de mieux connaître le stock et, ainsi, là encore, de gagner de l'argent…

Je lui réponds également, au cas où il l'aurait oublié, que j'appartiens à un club d'un genre particulier : celui des licenciés économiques, un club qui ne donne pas envie de faire des bonds en criant «Youpi ! J'en suis !» et que ce 24 décembre sera peut-être mon dernier jour dans la société - eh oui, j'ai un préavis de deux mois.

Bref, je lui demande de fermer à 16 heures le 24 et de commencer la journée plus tôt, sur le coup de 9/10 heures, par exemple.

En tout cas, pas question pour bibi de fêter Noël tout seul dans une chambre de bonne avec sa bougie comme témoin ! [rire]

Et alors, sa réaction ? Il me regarde comme si j'étais un salarié qui vient d'entamer sa première journée de travail en chicanant sur les horaires de cette dernière… Il me laisse sous-entendre qu'il aurait dû recruter un Parisien qui, lui, n'aurait pas eu à partir plus tôt…

Après cinq années de bons et loyaux services, j'avoue, une fois de plus, être soufflé par une telle réaction ! Ce sera également le cas de mes proches et de toutes les personnes que je mettrai dans la confidence ! L'une d'elles m'a répondu, ulcérée par son comportement, qu'il aurait dû embaucher un non-catholique pour être certain de l'avoir le 24 au soir !

Voire aussi le 25 quand Noël ne tombe pas un dimanche !

Ah, ces « tradis » ! que de progrès ont-ils encore à accomplir pour gagner le paradis !  C'est bien beau de lire du Dom Guéranger dans le texte et de vanter la Bible Crampon mais c'est encore mieux de passer aux travaux pratiques, non ? Disons que je reconnais qu'il est important de respecter les horaires qui ont été choisis une fois pour toutes, que nous n'avons pas à adapter la grille d'ouverture d'une librairie sur les humeurs, envies ou autres désirs d'un vendeur, fût-il polyvalent, mais il convient également de ne pas perdre de vue le contexte de ce 24 décembre qui met en scène un salarié catholique de province, par ailleurs père de famille et nouvellement grand-père, qui achèvera son préavis de licenciement économique pour le compte d'une boutique parisienne qui doit fermer ses portes quelques jours après…

Demander à ce qu'exceptionnellement la journée se termine plus tôt que d'habitude n'a rien de choquant, de scandaleux, de minable !

D'autant que les déplacements SNCF sont actuellement plutôt perturbés…

Mais il ne veut rien entendre car lui aussi sera en province ce soir-là, en Bretagne exactement. Il me dit que «ce n'est pas au gérant de faire le travail du salarié», de s'occuper de la boutique la nuit de Noël..

Je lui réplique qu'il s'agit de sa société, que je quitterai, moi, dans quelques semaines… Etc.

Durant cinq ans, je n'ai pas pris une seule journée d'arrêt de travail, pas une, hormis les deux mois - hélas - que le covid a volés en quelque sorte à la Librairie française, en novembre-décembre 2021. Parce que je n'ai pas souhaité m'arrêter à temps pour me reposer, et prendre les bons médicaments… Deux mois qui virent les ventes en boutique diminuer fortement et qui obligèrent le gérant à prêter une certaine somme d'argent en janvier 2022, la somme qu'il pensait ne pas pouvoir récupérer avant le triomphe hillardien du 17 septembre dernier…

Je vous dis cela pour que vous soyez bien certain que je ne suis pas un tir-au-flanc, un profiteur.

Je ne vous ai jamais pris pour tel, voyons cher JCG… Du reste, j'ai un préavis de deux mois à accomplir mais il me reste aussi une bonne semaine de vacances que je n'ai pas prise… Donc, le gérant, quand il évoque la soirée de Noël n'a aucune assurance concernant ma présence ce jour-là…

Nous cesserons toutefois cette conversation avant qu'elle ne se dégrade davantage mais je le quitterai ce soir-là en lui faisant comprendre que cette affaire du 24 décembre pourrait devenir un casus belli

Dans mon journal personnel, à la date du 21 octobre, j'ai noté une autre remarque de sa part, une remarque encore moins glorieuse pour lui, et que je préfère garder pour moi…

Mon compte-rendu s'achève par ces quelques mots, que je vous offre en exclusivité : «Objectif : partir proprement et, surtout, ne pas rater Noël !»

J'imagine qu'avec cette affaire de Noël, qui est venue après l'affaire dite des fiches narrée dans le deuxième entretien, votre respect pour celui qui fut votre «patron» en a pris un sérieux coup dans les tibias… Oui, tibias brisés. Net. Disons, plus sérieusement, que je lui resterai éternellement reconnaissant de m'avoir recruté, ce que je vous ai déjà dit en long en large et en travers dans le premier entretien. Pour le reste…

En tout cas, je sais que vous n'avez pas passé Noël à Paris, loin de votre famille ! Eh non ! Car le Bon Dieu, si j'ose dire, m'a exaucé et ce, grâce à un document administratif aux couleurs de Pôle Emploi, un contrat dont j'ignorais encore l'existence deux jours avant l'entretien préalable de licenciement du mardi 25 octobre ! Un contrat destiné à «sécuriser» la situation des chômeurs économiques que l'employeur a l'obligation de remettre au salarié qu'il va licencier économiquement, et que le futur membre de Pôle Emploi ne saurait refuser… Un contrat que d'aucuns nomment par son petit nom : le CSP (Contrat de Sécurisation Professionnelle). Un contrat qu'un ami que je consulte toujours quand il y a de la paperasserie à l'horizon  m'a fait connaître deux jours avant l'entretien préalable en m'informant que le problème du 24 décembre en famille n'en sera bientôt plus un…

Et c'est ce contrat qui vous a fait quitter la LF dès le 15 novembre… Eh oui, car ce CSP stipule qu'une fois accepté par le salarié ce dernier quitte la société 21 jours calendaires après la date de réception dudit contrat. Ainsi, et vous pouvez compter sur vos doigts si ça vous chante, le gérant m'ayant remis ce CSP le mardi 25 octobre, le mardi 15 novembre au soir, je n'appartenais plus à la Librairie française.  

Ce qui m'aurait semblé tout-à-fait délirant il y a six mois !

Et j'imagine que votre gérant a dû être terriblement surpris, et peut-être même en colère, lui qui voulait que vous restassiez le 24 décembre et jusqu'à 19 heures pétantes ! Possible ! Probable même car il n'a pas envoyé, comme convenu, à Pôle Emploi le «volet 2» dudit contrat que je lui ai remis dûment signé de ma main le jour où je l'ai reçu, à savoir ce 25 octobre ! Volet 2 qui permet à Pôle Emploi de lancer la procédure susceptible de m'accueillir 21 jours après l'entretien préalable de licenciement…

Mais rassurez-vous, il sera «plus efficace» pour le volet central, qu'il enverra cette fois, mais avec 13 jours de retard…  [rires]

Je ne doute pas un instant de son honnêteté, mais je connais sa négligence maladive en matière de paperasserie… Déjà, quand j'avais été recruté, en 2017, il n'avait pas su profiter des conditions avantageuses (indemnisations des charges patronales pendant un an, je crois) que ma situation de chômeur de longue durée et âgé de plus de cinquante ans offrait à sa société. C'était déjà, dans ce domaine, un amateur de compétition…

Cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille…

Quant au CSP, vous avouerez qu'un gérant qui licencie ne doit pas attendre la toute dernière minute pour en connaître les modalités ! C'est une procédure qui existe depuis plus de dix ans, je pense. Il suffit de s'informer, de bien comprendre le «coup des 21 jours» et… d'adapter la remise du document à la date de départ souhaitée par… l'employeur !  

Or, je sais qu'il a découvert l'existence du Contrat de Sécurisation Professionnelle quelques minutes avant de me le distribuer ! Je le sais car le cabinet comptable a téléphoné juste avant mon entretien. J'ai décroché le combiné et j'entends encore une voix féminine me demander de lui passer le gérant pour qu'elle lui parle du CSP…

Quand même ! après vous avoir signifié votre départ, il aurait pu se montrer à la hauteur de son rôle de gérant en envoyant les bons papiers au bon moment… Oui, vous avez sans doute raison et son image en a encore pris un sérieux coup avec cette paresse - ou cette vengeance ? - qui m'a obligé, et par deux fois, à le questionner par texto pour savoir où en était l'envoi de documents essentiels pour ma prise en charge…

Le genre de petit tracas dont on se passe volontiers quand on vient de perdre son emploi et qu'on se retrouve aux guichets de Pôle Emploi…

Ce qui, là encore, est l'un des traits paradoxaux de son caractère car les premières années que j'ai passées à la LF, il ne cessait de me demander de respecter une procédure qu'il avait mise en place et qui était destinée à me présenter dans un ordre qu'il avait choisi les tâches quotidiennes qu'un vendeur-polyvalent en librairie doit respecter point par point pour être le plus efficace possible !  

Il fallait d'abord commencer par faire ça, puis ça, puis ça, puis ça…

Mais, bien sûr, l'arrivée des clients - et parfois dans la seconde qui suivait la levée du rideau de fer - m'obligeait très souvent à ne pas respecter l'ordre indiqué sur la procédure… Ce qui, vous vous en doutez, me laissait totalement indifférent mais agaçait, et parfois, prodigieusement, le gérant qui aurait mérité le surnom de «M. Procédure»…

«Vous ne suivez pas la procédure !», me reprochait-il très souvent.

Le moins qu'on puisse dire c'est que, lui,  concernant la procédure de licenciement, il n'était pas au point !  Pas du tout au point ! Quel clin d'œil du destin !

Je trouve cela assez minable… Et indigne d'un catholique traditionaliste ! Je vous laisse juge sur ce sujet… Mais je tiens à signaler que ce rejet des procédures chez le gérant, cet amateurisme qui le caractérisait concernant la moindre tâche administrative ne sont pas, chez moi, des signes de faiblesse, et j'aurais même tendance à placer au pinacle tous ceux qui snobent ces paperasseries.  Mieux vaut se concentrer sur l'Esprit que sur la Loi, non ?

Certes ! Mais un licenciement est chose sérieuse, et qui doit se mener dans le respect des procédures établies par respect pour le salarié qui n'a pas démérité. C'est ce que je m'étais permis de signaler au gérant dès le 8 septembre car je pressentais qu'il aurait bien du mal à suivre la procédure ! Et c'est d'ailleurs pour cela qu'il m'a appelé au téléphone quelques jours après la distribution du CSP pour savoir si, moyennant une prime, je n'accepterais pas de rester jusqu'à la fin décembre…

Je lui ai répondu que le CSP ne se refusait pas, surtout à 59 printemps…

Ce point signalé, sachez pour info que, Dieu merci !, Pôle Emploi a décidé de me compter parmi les siens à la date du 8 décembre alors que j'avais quitté la Librairie française le 15 novembre…

J'ai déjà oublié, rassurez-vous, cette triste période sans intérêt mais, je le confesse, les oreilles du gérant ont dû siffler chaque fois que je quittais Pôle Emploi sans pouvoir m'y  inscrire à cause de sa négligence ou, je garde un doute, de je ne sais quel mouvement d'humeur de sa part…

En fait, vous avez appris votre admission le jour où vous avez organisé un pot de départ ayant réuni, dans un troquet du VIIe arrondissement, plus de 80 personnes… Oui, j'ai reçu un coup de téléphone de mon «référent indemnisation» deux heures avant d'aller jouer les amphitryons, de 16h à 20h, au café Le Royal sis au 212 rue de Grenelle, à quelques dizaines de mètres de la Librairie Vincent située, elle, avenue de La Bourdonnais...

Plus de 80 personnes présentes, bravo l'artiste ! Vous avez pu ainsi mesurer votre popularité ! Oui, j'avoue avoir été très surpris d'être à ce point apprécié et regretté. Et cela me touche d'autant plus que je suis plutôt mal vu dans ma contrée (les Lavallois ne lisent guère autre chose que Ouest-France et, en bons moutons qu'ils sont, obéissent presque tous à BFMVC qui a droit de cité dans nombre de cafés de la ville…).

Figurez-vous que j'avais invité 103 personnes ! 103 personnes avec lesquelles je peux avoir une conversation digne de ce nom ! 103 personnes que j'apprécie - forcément - et que je regrette depuis le 15 novembre de ne plus voir chaque semaine ou chaque mois ! Plus de 80 ont pu se pointer et me manifester leur attachement, leur amitié.

Merci à eux !

Des auteurs (Hillard, Upinsky, Abauzit, Le Bihan…), des éditeurs (Culture & Racines, Véronique Ratier, Téqui…), des libraires (Vincent Facta, Eric de chez Duquesne…) et, bien sûr, de simples lecteurs, heureux d'être là, ce 8 décembre et malheureux de devoir désormais se passer de la Librairie française qui était l'une des adresses les plus importantes de leur vie culturelle.  

Je ne vous lirai pas ce que d'aucuns ont écrit sur le livre d'or car mes chevilles m'empêcheraient ensuite de franchir la porte de ma maison de Laval ! [rires]

Mais, oui, vraiment, ces cinq années se sont achevées d'une bien chaleureuse façon… 

Et, pour beaucoup, avec une bière pression à la main !

Vous n'allez pas citer tous vos invités présents ! Non ! Car primo, je risquerais d'en oublier quelques-uns et, secundo, le lecteur se lasserait assez vite. Je vais plutôt me contenter d'évoquer ceux que je n'ai pas pu prévenir parce qu'ils n'étaient pas repassés à la Librairie Française entre le 8 septembre et le 15 novembre.

Eh oui, je connaissais leur visage, leur voix, leurs idées mais pas nécessairement leur prénom et encore moins leurs coordonnés téléphoniques…

A qui pensez-vous ? Je pense à Grégoire, le jeune qui n'a jamais froid, un érudit dans son genre et qui jardine les parcs du XVe arrondissement pour le compte de la Ville de Paris ; je pense à la mère du gérant, qui a toujours été particulièrement agréable avec bibi ; je pense à un Libanais de grande qualité  - Charles - qui venait seul ou accompagné d'un ami - Bruno - pour acheter les dernières nouveautés liées au Nouvel Ordre Mondial ; je pense à la très sympathique Marie-Ange, une Luxembourgeoise «non-injectée» qui m'offrait très souvent du chocolat de qualité qu'elle souhaitait que je dégustasse en famille (mais que je partageais le plus souvent avec les clients !) ; je pense à Jacques que 800 sauts en parachute avaient rendu à moitié sourd ; je pense au client à lunettes qui passait toujours après 19h30 en semaine et dont j'ignorais ce qu'il pensait vraiment des événements que nous subissions ; je pense à la «dame distinguée du samedi» qui venait en voiture nous acheter de très nombreux ouvrages que je lui commandais spécialement car ils n'intéressaient pas nécessairement notre boutique…

Je pense à Brice le grand pompier de Paris qui, «pour continuer à monter dans le camion», avait dû se faire injecter la saloperie vendue par un laboratoire dirigé par un vétérinaire de Thessalonique ;  je pense à ce «cher et vieux» Vali qui avait travaillé dans les milieux du cinéma avant de devenir une grenouille de bénitier de «Saint-Nic» ; je pense à Ghislaine qui avait dans le collimateur une certaine communauté et que je voyais nettement moins souvent depuis qu'il y avait eu la crise covidienne ; je pense à l'aristocrate du quartier qui appréciait Raspail et Céline ; je pense à ce «vieux fou» d'Eric qui ressemblait à André Pousse et aimait à narrer certaines scènes de sa vie sexuelle passée sans se douter que ses confessions propos pouvaient heurter ses voisins et voisines ; je pense à ce cher Louis de Condé, une sorte de gentilhomme d'un autre temps qui avait voulu tuer De Gaulle en 1962, et à l'un de ses gendres ; je pense à cinq musulmans qui sortaient du lot…

Je pense à la psychologue longiligne du ministère de l'Intérieur avec laquelle j'avais des conversations souvent privées, en dehors des horaires officiels de la librairie ; je pense à l'avocat qui venait à moto et aimait à offrir - bonne idée ! - des Atlas du mondialisme à ses amis ; je pense au couple qui habitait près de la librairie jusqu'à ce qu'il parte dans le XIVe où ils vivent aujourd'hui avec leur petite Jeanne ; je pense au prof de sport qui s'est converti il y a quelques années grâce à Saint-Nicolas du Chardonnet ; je pense au géant Benjamin qui travaille chez Lipp et doit servir une (pseudo) élite pour laquelle il n'a aucun respect ; je pense au jeune Thibault qui venait régulièrement après ou avant être passé chez Vincent et Duquesne et qui se permettait d'interrompre n'importe quelle conversation pour me demander si nous avions tel ou tel livre en parfait état (c'était un maniaque)…

je pense aussi, bien sûr, à ce cher Laurent de La Fontaine, notre fabuliste préféré qui aimait à gagner son café en récitant une fable au débotté ; je pense à la jeune fille blonde qui était prof de sciences naturelles et que nous ne voyions plus depuis qu'elle était mariée ; je pense, en fait, à une bonne cinquantaine de personnes qui deviennent chaque jour plus nombreuses par l'entremise de Dame mémoire, laquelle braque sans prévenir ses projecteurs sur tel ou tel visage que je pensais avoir oublié…

Et vous passez sous silence les deux disparus… Vous pensez à Christophe Claeys, mort en octobre 2021 (et dont la vie spirituelle a été retracée dans un article de mon présent blogue), et au phénomène nonagénaire - que j'avais surnommé «Nonante» - qui a été inhumé l'an passé, le jour où je suis sorti de l'hôpital de Laval ?

Bien sûr, je sais que vous étiez très proche d'eux…  Très proche, en effet. Ils auraient été à la fois tristes et heureux de venir à ce pot de départ.Tristes parce qu'ils appréciaient beaucoup l'un et l'autre la Librairie française et qu'ils n'auraient pu imaginer de continuer à vivre à Paris sans pouvoir y mettre les pieds. Heureux parce que c'étaient des hommes de communication, qui aimaient parler aux uns et aux autres…

Du reste, je ne peux m'empêcher de penser que s'ils avaient vécu, ils auraient peut-être proposé au gérant de reprendre la boutique car ils avaient tous les deux de la galette, comme on dit…

Nous ne le saurons jamais mais ce que l'on sait, en revanche, c'est que votre petit raout fut un énorme succès, je peux en témoigner… Oui, ce fut un chaleureux succès ! Que je dois, en partie, à ce père de dix enfants nommé Ambroise, un client récent de la Librairie française qui m'a fait connaître Guillaume, le patron du café Le Royal…  

Et que dire des cadeaux que j'ai reçus ! Qu'ils étaient délicieux, succulents pour ceux qui ont fini dans nos ventres : des rillettes de canard, du jambon fumé de je ne sais quelle contrée, une bouteille de Mercurey de haut vol, un filet mignon de porc au foie gras, du chocolat pour milliardaires suisses…

Cela vaut aussi pour les livres : la correspondance choisie de Maurras avec deux carmélites de Lisieux, une biographie de Houellebecq, le livre sur la censure signé par Arnaud Upinsky…

Le seul regret de cette journée, avec l'absence d'une jeune catholique qui est arrivée ce jour-là trop tard à Paris pour ne pas privilégier la Vierge Marie (c'était la fête de l'Immaculée Conception, je ne lui en veux pas), le seul regret donc fut que nous dûmes nous quitter à 20h au lieu de 21h, comme j'avais compris en négociant l'horaire avec le bistrotier…

Ne le sentant pas disposé à changer l'horaire, je n'ai même pas essayé de gratter vingt minutes…

Etes-vous, maintenant que votre pot de départ est passé, en mesure de vous éloigner de la Librairie française, en clair de tourner la page et prêt à retrouver une nouvelle activité ? Si vous me permettez une image un peu triste, je dirai que je suis encore en deuil de mon activité favorite, laquelle, je le répète, m'a quasiment été ôtée du jour au lendemain.

Il va me falloir encore un peu de temps, je pense, pour être concentré sur une activité différente…

J'aimais tellement ce que je faisais…

Et mes clients représentaient ma deuxième famille, comme disait encore ma femme il y a peu. Car ce sont les gens que j'ai côtoyés qui me manquent ! Les livres, j'en ai des milliers dans mon grand bureau de Laval, suffisamment pour m'offrir le seul décor qui me plaise vraiment, celui qui me permet de me ressourcer quand besoin est.

Le boulot valait pour ces échanges, ces rencontres. Toutes ces conversations autour de tel ou tel titre… L'obligation d'avoir bien compris ce que l'on vante… C'était intellectuellement stimulant et humainement enrichissant…

Le reste n'avait guère d'intérêt, c'était de l'épicerie…

Et longtemps ce fut aussi de l'épicerie informatique…

Ce que vous dites rejoint totalement ce qu'a écrit un éditeur dans votre livre d'or, un éditeur dont je tairai le nom. Peut-être… Mais, bon je vous ai dit que j'ai reçu suffisamment de compliments le 8 décembre pour ne pas en rajouter… 

Je me permets quand même de le citer car ce qu'il a écrit permettra à certains qui nous découvrent de mieux comprendre le pourquoi de votre succès… Si vous mettez la vérité en avant, allez-y sans gêne et sans crainte !  

Et vous avez raison car ce que vous avez vécu et fait vivre dans cette librairie mérite d'être écrit… Vous savez, la vie est si courte, on oublie tout, et très vite…

Voici donc le témoignage  en question…

« Cher Jean Christophe, des libraires j'en ai connu, je passe ma carrière à les fréquenter, dans toute la France ! Et en vacances à l'étranger, je vais encore visiter des libraires.

Mais je dois dire qu'un libraire comme vous, je n'en avais jamais vu ! Vous avez créé une ambiance hallucinante. C'est logique, vous n'êtes pas librairie, vous êtes un passeur d'idées et de mots, et de liberté. Merci, merci, merci ! Bravo pour cette parenthèse enchantée, de foi, d'espérance et de charité, et d'intelligence. »

Alors ? Ce n'est pas faux, j'étais libraire, certes, mais davantage animateur…

Un rôle que j'aimais endosser mais que je ne peux connaître chez moi, à Laval où 99% des gens pensent différemment que les clients de la Librairie française…

C'est dire si ma cote est élevée…

Et encore moins depuis l'affaire de… qui a été jugée jeudi 25 novembre, et mise en délibérée pour le 5 janvier 2023. Oui, vous avez raison ! Mais d'icelle je ne veux rien dire de spécial, conformément à ce que mon avocat m'a demandé. 

Que ceux qui l'ignoreraient sachent qu'un adjoint au maire de Laval - et pas n'importe lequel : le premier d'entre eux !  - a porté plainte contre vous pour l'avoir, dit-il, harcelé et traité de … un petit mot de quatre lettres… Pauvre petit chéri qui gagne très confortablement sa vie avec nos impôts puisqu'il est élu trois fois à Laval : à la Mairie, à L'Agglo et au Conseil départemental… Le procureur a demandé six mois de prison avec sursis ! Six mois de prison avec sursis ! Ce qui m'a permis de méditer de nouveau ce mot extraordinaire de Talleyrand : Tout ce qui est excessif est insignifiant….

Et de sourire plutôt deux fois qu'une quand j'ai découvert la chanson de Fernandel : On dit qu'il en est, dans laquelle ce comique inoubliable chante un refrain ô combien scandaleux de nos jours :Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout…

Pour une chanson pareille, aujourd'hui, combien prendrait Don Camillo ? Cher, j'imagine. Quinze ans avec sursis ? Peut-être davantage car il se marre ouvertement, l'homophobe de Marseille…

Pour conclure, cher JCG, pensez-vous que le gérant aurait pu tenir quelques mois ou années de plus ? Oui, j'en suis persuadé. Car ce n'était pas un homme qui courait après l'argent, loin s'en faut ! Et je pense, j'ai toujours pensé, qu'il en avait suffisamment pour tenir encore des années et des années avec les chiffres que nous obtenions.

Jamais, le soir, quand il nous arrivait de converser au téléphone, il ne me parlait du chiffre du jour ! Jamais il n'avait l'air intéressé par ce sujet… Jamais il n'a manifesté la moindre humeur quand un règlement tardait à nous parvenir. Et je ne parle même pas d'un client d'un genre particulier que nous facturions tous les ans, ou tous les deux ans…

Quant à nos fournisseurs ils ont toujours été payés dans les temps…

Même chose pour les salaires ! Il y eut rarement quelques jours de retard dus à un problème de trésorerie. Même en février dernier, quand les «douloureuses» des commandes de Noël 2021 sont tombées alors que les résultats de ventes de la fin de cette même année 2021 étaient médiocres (je rappelle que je fus arrêté deux mois complets, en novembre et décembre). Il m'avait dit un soir que ça serait difficile de nous verser nos salaires dans les temps puis, quelques jours après, nous avions tous été réglés…

Sur le même sujet, sachez qu'il y a un peu plus d'un an, il envisageait d'acheter un local plus grand que celui de la rue Bartholdi ! Il pensait d'ailleurs l'avoir trouvé dans une rue qui donnait rue Lecourbe, dans le XVe, la rue Blomet…

J'ai dix exemples qui prouvent ce que j'avance mais je préfère les garder pour moi car la Librairie française appartient désormais au passé…

En conclusion, oui, nous aurions pu tenir plus longuement - et ce sans nous renier - mais il aurait fallu gérer autrement : réduire les achats de livres, être plus actif sur le plan de la communication, publier des auteurs qui se vendent, trouver de nouveaux produits nationalistes à proposer à une clientèle plus jeune… Des produits avec des marges intéressantes pour le commerçant...

Bref, ce n'était pas faisable avec qui vous savez… Je pense que non. Car il voulait garder la main sur tout et n'était guère partageux en matière de pouvoir… D'autre part, je l'ai déjà dit, chaque changement aurait fait l'objet d'un combat…

C'eût été épuisant…

Mais, pour être tout-à-fait honnête, je pense que le gérant a aussi de bonnes raisons d'arrêter sa boutique et de se limiter à la vente sur l'internet avec une jeune femme particulièrement efficace pour les tâches matérielles (rangement, envoi des colis, nettoyage…), une jeune femme qui accepte de travailler ainsi… sans avoir la moindre chance de trouver l'âme sœur au travail… A moins de tomber amoureuse d'un carton…

Les économies réalisées lui permettront de gagner de l'argent.

Dernière question, un peu délicate… Ne pensez vous pas que votre popularité auprès des clients aura peut-être aussi influé sur la décision de fermer la boutique ? Certains le pensent, qui me l'ont dit. Mais je n'ai pas de preuves tangibles à donner sur le sujet. Je préfère écouter ceux qui insistent sur le fait qu'un gérant ait osé recruter un vendeur à la personnalité aussi différente de la sienne.

Ah, ça oui ! Le jour et la nuit ! Un vendeur-polyvalent aussi extraverti que son gérant était réservé, aussi désinhibé sur certains thèmes que le gérant n'abordait qu'avec des murmures…  Il était sidéré que je pusse parfois être aussi direct et aussi à l'aise avec certains clients en abordant avec eux des sujets que son éducation et son idiosyncrasie lui interdisaient d'évoquer, y compris avec des pincettes de deux mètres cinquante.

Mais les clients n'étaient pas choqués par mes réflexions, loin s'en faut !

Il arrivait même que celles-ci les requinquassent, si j'ose dire ! N'oublions jamais que l'homme est avant tout un animal social… Vous n'imaginez pas combien les gens d'à c't'heure crèvent d'une absence de dialogue, de conversation ! Le portable, les écrans plats, tout ça ! c'est la grande mode mais qu'est-ce d'autre que la fin programmée des rapports humains, de toute vie intérieure et, au final, de la vie tout court !

D'accord avec vous sur toute la ligne : nous sommes en train de crever et le pire c'est que nous le savons A La Librairie française nous avions conscience de ce drame et faisions tout pour le tenir à distance, l'oublier, vivre comme s'il n'existait pas !

Certes mais fallait-t-il que vous parliez autant ? Oui, car j'avais constaté que les gens qui fréquentaient la boutique étaient, assez souvent, des personnes seules. Des hommes et des femmes à qui plus personne ne parlait vraiment ! Des gens qui ne trouvaient guère dans leur entourage des oreilles attentives susceptibles de les entendre évoquer les sujets qui fâchent ! Leur parler librement, et si possible en les amusant, n'était pas un supplice pour moi, au contraire ! C'était même une sorte de devoir !

Ayant été longtemps au chômage dans ma contrée, j'avais souffert du silence obligatoire, du silence du paria, de l'exclus, du discriminé. Et de ne plus être invité chez certains hôtes qui ne voulaient, eux aussi, qu'évoquer des choses matérielles : nouvelle voiture, prochaines vacances à l'étranger, situation des enfants (le plus souvent à l'étranger aussi)… La Librairie française m'a permis de me revancher, en quelque sorte.

Et aussi de pouvoir tester ma compréhension de certaines lectures. Ce passage que j'ai lu hier soir et qui m'a emballé, je dois être capable de le faire comprendre ce midi au client qui me questionne justement sur cet auteur… Et si je n'ai pas été percutant, eh bien, je revois ma copie le soir d'après…

Le gérant devait être lassé par vos bavardages ? Je sais qu'il l'était parfois.

D'aucuns m'ont dit que quand il était à la caisse pendant vos vacances, par exemple, ou votre pneumonie de sars cov 2 de l'an dernier, il ne quittait guère son écran informatique des yeux et se contentait de quelques mots avec les clients qu'il ne connaissait pas… Possible, je n'étais pas là pour confirmer pareil propos. Mais avec les clients qu'il connaissait, il était plus ouvert, très agréable. Une chose est certaine : sa compétence intellectuelle n'a jamais été mise en cause ! Loin s'en faut ! Ni sa capacité d'expression : il savait présenter les ouvrages avec les mots qu'il fallait ! N'oublions jamais que c'était sa librairie et que les auteurs qui s'y trouvaient, il les avait choisis avec soin…

Mais il ne fallait pas que les explications durassent trop longtemps…

Car ça l'ennuyait de se répéter…

Vous, en revanche, cela ne vous gênait nullement de balancer dix fois la même chose si dix clients se succédaient pour vous interroger sur le même sujet… Non. Car j'étais là pour vendre ! Et j'aime passionnément la vente !

Mais une chose me déplaisait quand même : fatiguer mes jeunes collègues successives  - Sixtine, Elisabeth, Marine - qui travaillaient à la cave où l'on entendait parfaitement ce qui se disait dans la boutique…

C'est pourquoi je les prévenais afin de m'excuser par avance, sachant qu'elles risquaient d'attraper une indigestion de certains sujets  : «Suis désolé les filles mais je vais encore être obligé de parler dix fois de ce f. de Klaus Schwab, dix fois du couple Macron-Trogneux, dix fois de l'Apocalypse, cent fois du Nouvel Ordre Mondial expliqué par Pierre Hillard, que sais-je encore ? De la version non officielle de la Seconde Guerre mondiale…

Que des sujets poilants, marrants, bidonnants ! [rires]

Oui, cela me gênait de me répéter devant mes collègues…

Quand il vous écoutait, contraint et forcé, il devait considérer que ce n'était pas du travail… Sans doute. Mais il voyait quand même les chiffres de vente grimper, du moins je l'espère.

Mais je pense qu'il ignorait une chose essentielle : que si je me permettais de parler autant avec certains clients c'est parce que le temps que je leur offrais avait été compensé, si j'ose dire, par l'heure ou les deux heures que j'avais effectuée(s) à l'œil avant l'ouverture officielle de la boutique.

Je m'explique. Avant que n'arrive la petite dernière parmi nous, celle qui tiendra bientôt la Librairie Française en ligne, disons avant qu'elle ne commence à travailler le matin, j'arrivais souvent vers 10h/10h30 pour effectuer quelques tâches que je savais impossibles à réaliser quand j'étais avec des clients en boutique.

Ainsi la commande informatique que j'aurais dû commencer à midi pétante, ou, disons, à midi quinze une fois la boutique ouverte, eh bien je l'avais faite à 11 heures, gratuitement. Ce qui me permettait de ne pas me montrer chiche de mon temps avec le client qui souhaitait discutailler autour d'un livre. Et comme je repartais bien après l'heure de fermeture officielle, cela me permettait, là encore, d'achever plus tard certaines tâches que mon bavardage avait décalées...

Votre gérant savait cela ? Je ne crois pas. Ou alors il faisait celui qui ne savait pas… Mais je ne lui en parlais jamais car je pense qu'il aurait été agacé de me savoir faire des heures supplémentaires…

Je crois qu'il ne soupçonnait pas à quel point j'aimais mon métier..

Il faut dire aussi que j'étais célibataire géographique… J'avais du temps devant moi et aucune envie de rester dans une chambre de bonne de longues heures durant la journée. Si j'avais été jeune marié ou jeune père de famille, je n'aurais sans doute pas fait quinze minutes de rab tous les jours… Je serais rentré chez moi dare dare pour retrouver ma (jeune) femme ou jouer avec mes gamins. [rires]

Ne voyez pas dans ce que je vais dire une déclaration destinée à me grandir mais j'affirme que j'étais en quelque sorte un vendeur-polyvalent modèle, et qui mettait un point d'honneur à toujours offrir une séance de pipeau aux petits oignons à tous ceux qui souhaitaient y avoir droit. Une citation me venait à l'esprit, hop ! je l'offrais au client. Une anecdote sur tel écrivain, tel homme politique, hop ! même punition ! Et c'est ainsi que les clients deviennent rapidement des proches, voire des amis…

Et tout cela pour un salaire de smicard… Oui, Monsieur. Parfaitement, Monsieur. Un tout petit petit salaire que peu de diplômés de sciences-po auraient accepté, Monsieur. Mais c'était le cadet de mes soucis ! Je me faisais parfois penser à ce valet de chambre prénommé Désiré dans la pièce éponyme de Sacha Guitry. Ce domestique qui, dans mon souvenir, est toujours très au-dessus de sa condition de larbin…

Vous vous considériez comme tel… Nenni ! Car je pense qu'il n'y a pas de sot métier ! Et ce d'autant qu'un libraire, quand il fait bien le sien, ne permet pas seulement à la société qui l'emploie de tourner, et de lui assurer sa pitance. Il permet aussi - et c'est infiniment plus noble - à certaines œuvres de l'esprit d'être portées à la connaissance du public. D'être mises en avant. De vivre leur vie. D'être justifiées ! Ce n'est pas seulement le livre qu'on vend. C'est le thème de l'ouvrage que l'on développe, un thème qui a exigé des efforts importants pour trouver une forme imprimée. C'est toujours très stimulant intellectuellement, de vanter un ouvrage ! Surtout quand il nous permet d'entrevoir la vérité - celle du Christ, bien sûr ! mais aussi la vérité concernant les pourritures qui mènent le monde au service de satan...

J'ajouterai qu'avec certains titres, on ne peut être mauvais quand on les vante, car ils sont excellents…

C'est pourquoi, parfois, je lisais certains extraits à certains clients…

Des passages des éditoriaux de Peltier (Hannibal) dans Rivarol, des extraits tirés des œuvres de L'Abbé Rioult, de Pierre Hillard, Hervé Ryssen, Edouard Drumont, Jean Cau, Churchill…

Donc en fait vous soigniez vos commentaires par respect pour la qualité de certains ouvrages, du style de leur auteur. Oui, mais pas que. L'autre motivation c'était l'esprit de résistance que d'aucuns venaient chercher «chez nous».

C'est important, vital même, de rencontrer, dans l'environnement hostile que les «merdias» créent chaque jour dans des millions de cerveaux, des gens qui pensent comme soi ! C'est ce qui primait chez beaucoup de clients, qui se moquaient pas mal de savoir si tel ouvrage devait être rangé ici plutôt que là, clients dont la vue s'accommodait aisément d'un certain bouiboui ambiant, lequel bouiboui était commercialement pour le moins stimulant car, dans le commerce comme dans la vie, il vaut mieux faire envie que pitié…

Le grand nombre de piles de livres exposées dans le magasin donnaient à certains l'«envie de tout acheter» d'après vous ? Oui. Et ces clients n'avaient nullement envie que leur librairie préférée ressemblât à une boutique de chaussures de luxe du VIIe arrondissement réservée à une clientèle huppée ! Avec trois paires de pompes de luxe qui se battent en duel sur une grande table en marbre de Carrare ! Parfois, j'avais un peu l'impression que le gérant aurait souhaité que la Librairie française fût ainsi…

Mais elle ne l'était pas quand vous la teniez… Non, bien sûr !

En résumé, j'ai quand même l'impression que le gérant vous laissait être vous-même ? Oui, bien sûr ! Et heureusement, au prix où j'étais payé ! S'il m'avait censuré, je serais parti tout de suite…  Ce n'était pas le cas et, en juillet 2021, il m'a même demandé de participer, à sa place, à l'entretien que nous ont offert sur un plateau de TV-Libertés, les deux compères de Synthèse nationale, Philippe Randa et Roland Hélie.

C'est vrai qu'on n'offre pas ce genre de «cadeau» à quelqu'un dont on se méfie, que l'on jalouse ou que l'on souhaite voir partir le plus rapidement possible… Exact ! Et la vidéo a été vue et appréciée plusieurs milliers de fois même si, et certains n'ont pas manqué de me le faire remarquer, elle n'a jamais figuré sur le site officiel de la Librairie française…

En revanche y figurent un grand nombre de vos coups d'cœur enregistrés avec le Frère Thierry, sorte d'éminence grise du gérant. Oui, les sept premiers, sept sur vingt-quatre. C'est un peu maigre… Mais bon, c'est toujours ça de pris !, comme disait ma grand-mère dans la célèbre chanson de Ray Ventura & ses collégiens !

Pourquoi a-t-il refusé de mettre les suivants… Parce qu'il les jugeait par trop rivaroliens. Je dois reconnaître que je commençais toujours mes émissions en portant à la connaissance du public les articles du dernier Rivarol qui m'avaient le plus enchanté… Une tradition que je refusais d'abandonner. Car ce journal mérite d'être salué, vanté, défendu ! C'est le seul canard vraiment libre de la presse française !

Mais je n'épiloguerai pas sur ce sujet…

Bref, lui et moi, sans jamais avoir été «potes» - ce n'était pas son style -, avons cohabité sans éclats de voix pendant plus de cinq ans.

Un bail, quand même ! Oh, que oui !

Et ce d'autant que vous n'aviez pas la même vision commerciale des choses, le gérant et vous ? Oh, que non ! Nous avions des points de vue différents dans ce domaine. Question de caractère, de personnalité, de manière d'aborder les gens, de génération aussi. Pour lui, quand quelqu'un était servi, il était bon qu'il débarrassât le plancher…

Et si le départ pouvait ne pas trop traîner…

En attendant, quand il tenait la caisse, c'était un adepte de la douchette, vous savez cet appareil qui ressemble à un revolver mais qui n'a pas pour ambition de tuer son prochain mais de scanner les codes barres à la vitesse d'un cheval au galop ! Oui, je connais, merci ! C'était sa façon à lui de déstocker les produits vendus… Il ne jurait que par elle ! Sans doute pour donner de sa boutique une impression de modernité, d'efficacité ?

Il voulait peut-être ressembler aux caissières des grandes surfaces qui utilisent cet ustensile ? Oui, enfin, comme elles l'utilisaient  naguère. Maintenant, la douchette c'est un peu dépassée ! Elle est même franchement ringarde ! Les femmes des grandes surfaces passent désormais les produits devant une sorte d'écran… Et ça turbine, en effet, car des milliers de clients défilent dans les temples de la société de consommation du matin au soir avec des dizaines, des centaines de milliers de produits !

Mais vous, cette douchette, vous ne la preniez point ! Jamais !  Et ce pour deux raisons : la première c'est que, pour l'avoir testée deux ou trois fois, je constatai que, trop souvent, la référence du livre mettait un temps fou à apparaître sur mon écran, quand ça ne bloquait pas carrément ! ; secundo, je trouvais que ça me donnait l'air d'un c. Cela sentait par trop la société de consommation ! Je préférais cent fois taper directement sur mon clavier les premières lettres du livre ou du produit…

Votre fameux clavier que le gérant, m'avez-vous dit un jour, avait surnommé «Le Kebab»… Oui, car il le trouvait riche en «cochonneries» diverses et variées… Genre miettes de pains au chocolat, ongles coupés, mucus nasal, pellicules… Un tas de trucs, en fait.

Vous êtes un tantinet cradingue… Je l'ai trouvé ainsi, ce clavier, et l'ai utilisé pendant cinq ans sans jamais penser à cette crasse, que j'essayais néanmoins de supprimer à mes moments perdus en faisant glisser la pointe de mes trombones entre les touches...

Pour moi, travailler sur un écran pareil c'était un moyen de montrer à la «face du monde» mon refus d'être inféodé à la technique ! Et, blague à part, mon clavier fonctionnait très bien ! Même si parfois, certaines lettres refusaient de s'imprimer…

D'où quelques coquilles au sein des fiches ? Oui. Coquilles qui m'ont fait perdre l'enregistrement des nouveautés… [rires]

Ce refus de la douchette devait, j'imagine, agacer prodigieusement le gérant, qui vous accusait d'être trop lent… Oui, j'ai dû beaucoup l'agacer avec ce refus ! Et il n'avait pas tort, je devais bien perdre deux secondes pour chaque commande… [rires] Mais je pense qu'il est préférable de perdre deux secondes par ouvrage à déstocker et, via la pratique de la conversation à l'ancienne, de gagner un client à vie, si j'ose dire…

Nous approchons du terme de cet entretien, deux mots concernant les  thèmes et livres choisis. Peut-on dire que dans ce domaine, le gérant et vous-même étiez sur la même longueur d'ondes ? Plutôt, oui ! Il avait imprimé sa griffe intellectuelle, morale et religieuse dans les rayonnages de son magasin et j'acceptais bien volontiers de lui obéir concernant le choix du stock. D'autant qu'en arrivant dans la boutique, j'étais peu au fait des œuvres de nombreux auteurs que le gérant connaissait, lui, très bien.

La règle d'or est qu'il ne voulait pas proposer d'ouvrage offensants pour l'Eglise.

Il me disait souvent qu'en refusant de vendre tel ou tel titre, nous en serions remerciés au Ciel. Je lui répondais qu'on pouvait néanmoins lire tel auteur sans le suivre. Pour des raisons intellectuelles et politiques : lutter contre ses idées, le combattre.

Comment savoir ce qu'untel pense vraiment si on ne le lit pas ?

D'autre part nous vendions des ouvrages avec lesquels nous n'étions pas d'accord sur tout, forcément ! Mais c'étaient des ouvrages qu'un esprit libre se doit de connaître.   

Enfin, dans l'ensemble, j'étais d'accord. J'acceptais les règles qu'il avait édictées, cela ne me gênait pas car je sentais que cela élevait mon âme !  Nous étions quand même une librairie catholique !

Vous est-il arrivé de lui demander à ce que certains auteurs pussent trouver place chez vous ? Oui, c'est arrivé. Je pense aux pamphlets de Céline, à cette trilogie qui a fait couler beaucoup d'encre. Mais le propriétaire des droits, Gallimard, n'ayant pas encore osé rééditer ces titres sulfureux, nous n'avons pas voulu les commander chez un éditeur installé à l'étranger...

Je pense à Julius Evola, à René Guenon principalement. Au moins pour les deux titres que l'auteur le plus souvent édité par le gérant, le très sympathique Alain Pascal, avait mentionnés dans je ne sais plus lequel de ses ouvrages concernant la gnose. C'était des ouvrages qui critiquaient la franc-maçonnerie, dans mon souvenir.

Editer une dizaine de titres d'un auteur - Alain Pascal en l'occurrence - qui met en avant deux ouvrages signés, l'un par Evola et l'autre par Guénon, et refuser de vendre ces deux ouvrages a quelque chose de paradoxal, non ?

J'avais essayé de convaincre le gérant de lever l'interdit sur Evola, que je ne connais toujours pas ne l'ayant jamais lu, quand Kontre-Kulture a réédité l'un de ses maîtres-livres, Révolte contre le monde moderne. Mais j'ai essuyé refus sur refus. Chaque jour, pourtant, et pendant au moins six mois, des clients me demandaient ce livre que nos concurrents ont fort bien vendu ! Tant mieux pour eux ! Le gérant était inflexible sur le sujet et n'oubliait jamais de rappeler que cet Evola si prisé par la Nouvelle Droite avait écrit un ouvrage anti-catholique en 1928…

Avez-vous dû retirer de la vente un livre que vous aviez apprécié tout particulièrement ? C'est arrivé une fois ! Le gérant a supprimé du site un ouvrage que j'avais lu et beaucoup apprécié trois ans avant d'entrer à la Librairie française, un livre qui concerne les relations de Pétain avec les femmes. Le sous-titre l'avait fait tiquer : « Et surtout, pas un mot à la Maréchale…»  Et que l'auteur, Henri Bentégeat, ait été invité à s'exprimer sur Radio Courtoisie n'a rien changé à son véto.  

J'ai eu beau arguer du fait que ce petit livre d'anecdotes donnait de Pétain, fils de paysans,  l'image d'un homme simple, attaché à la terre et, contrairement à 99% des dirigeants de la planète, nullement attiré par le pognon, le gérant l'a rayé de la liste… Avec un argument que je n'ai pu combattre: «Ce livre vante les frasques du Maréchal, n'est-ce pas ?» Je ne pouvais dire le contraire car, comme de nombreux Français le savent, Pétain fut un homme à femmes de compétition… Il faut signaler qu'il était beau, vigoureux, célibataire, amateur de beau sexe et que sa foi catholique ne l'étouffait pas…

Un mot de conclusion ? Oui, quelques extraits d'un courriel que m'a adressé un ancien fidèle de la LF, un fidèle que j'ai surnommé L'Evangélisateur car c'était plus fort que lui, dès qu'il tombait sur une personne qui n'avait pas encore rencontré le Christ, il fallait qu'il l'évangélise, d'où son surnom… Voici ce que cet amoureux du Christ, prénommé Alexandre, m'a écrit quelques jours avant que nous cessions  «notre» activité.

« Cher Jean-Christophe, 

M. L., un client rencontré à la librairie Française, baptisé depuis, m'a prévenu il y a quelques jours de cette triste nouvelle : le commerce le plus salutaire et jovial de Paris va fermer...

Je n'en revenais pas... Je voulais t'appeler mais je n'osais pas tout de suite... […]

Faut-il que la conjonction de la crise économique (dont on ressent les effets partout) et de l'avachissement intellectuel de trop nombreux Français se conjuguent pour priver la vie intellectuelle et nationaliste de son fleuron parisien...

Ton coup de fil me fait très plaisir, car si je ne suis pas passé depuis un certain temps c'est parce que j'ai quitté la région parisienne l'été dernier. 

Il y a peu, lors d'un bref passage à Paris, je voulais passer te saluer à la librairie mais j'ai manqué de temps. 

Privilège immense de passer dans un commerce dont on a autant de joie à découvrir les nouveautés et autres pépites anciennes qu'à saluer celui qui tient la boutique !

Bien que je ne puisse plus en profiter comme d'antan, je suis très triste de cette nouvelle pour toi et les fidèles de la librairie,  c'était un lieu si précieux... 

J'y croisé tant de gens sympathiques et tu animais ce lieu avec tellement de brio, de simplicité et d'humour...

Une page se tourne et je comprends que cela secoue.

Décidément l'époque ne nous ménage pas, et en plus tu t'es farci une hospitalisation douloureuse il n'y a pas si longtemps...

Ah, si je ne savais pas que ce peuple de France va renaître je serais si triste.

Heureusement ce qui a été vécu est vécu,  imprimé dans nos mémoires joyeuses, nul ne pourra annuler tout le bien que tu as dispensé dans ce lieu. Notre Seigneur est témoin. Je songe, entre autre, au défunt Christophe [Claeys], et à tant d'autres que tu as su aiguiller, je pense à M.-S.

Quand je tape dans mon répertoire : " librairie Française " nombreux sont les prénoms de personnes rencontrées par là qui apparaissent.[…] »

C'est très émouvant ! Je trouve aussi.

Bon maintenant, il vous faut trouver un nouveau travail, ce qui n'a rien d'évident ! Rien ne l'ai, surtout à 59 printemps…Mais qui sait ?  Et souvenez-vous, il y a plus de cinq ans, qui aurait pu penser, quand j'étais un «jeune chômeur» de 54 ans, que la Librairie française, que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam, m' ouvrirait ses portes…

Et m'offrirait tant d'années heureuses parce que partagées avec mes clients et amis…

Vous avez raison, JCG, la vie, cette vallée de larmes, réserve parfois de bonnes, d'excellentes surprises… J'en veux pour preuve, cher Bois-Renard, ce que j'ai appris il y a trois semaines un mois en allant acheter mon hebdomadaire préféré à Laval : Rivarol a gagné son procès contre Paypal qui avait supprimé honteusement son compte ! Rivarol qui se vend toujours à Laval !

Alors, quittons-nous sur cette victoire rivarolienne, cher JCG et, comme on dit vulgairement : «merde !» pour la suite des événements ! Oui et bonne année 2023 !

 

 

 

 

 

 

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