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Adieu, chère Librairie française... (I)

Cher JCG, j'ai appris la triste nouvelle qui affecte tant de vos fidèles clients et amis parisiens, tant d'auteurs et d'éditeurs politiquement incorrects, tant de personnes viscéralement attachées à la liberté de ton et d'esprit, tant de «résistants» à ce Nouvel Ordre Mondial  qui considère les relations humaines comme superflues  :  depuis le mercredi 16 novembre on n'a plus aucune chance de vous trouver à la Librairie française sise au 5 de la rue Bartholdi, dans la boutique que vous animiez avec passion depuis un peu plus de cinq ans. Vous avez - hélas - raison, cher Bois-Renard : j'ai quitté mon poste le mardi 15 novembre 2022, après une dernière journée de travail bien émouvante.  Fauché en pleine gloire ! Licenciement économique : direction Pôle Emploi !

Est-ce à dire que cette librairie fermera prochainement ?  Oui, en ce qui concerne sa boutique du  XVe, qui tirera sa révérence au début de l'an 2023. En mars, d'après les derniers bruits que j'ai entendus ces jours-ci.

Mais, paraît-il, d'autres bruits, qui datent de fin janvier, laissent planer un doute sur cette fermeture dite définitive… Oui, j'ai moi aussi entendu dire que le gérant, qui aurait été contraint de maintenir la boutique jusqu'en mars prochain suite à des problèmes de bail qu'il n'aurait pas su régler avant de décider que je parte, le gérant donc, toujours lui, se tâterait désormais pour savoir s'il doit ou non maintenir le navire à flot afin de répondre à des «demandes» émanant de clients…

Conditionnel, conditionnel...

A noter que le licenciement pour raisons économiques de votre serviteur ne signifie pas que la boutique doive impérativement fermer ses portes. Non ! La seule obligation légale en matière de droit du travail est que le poste supprimé - celui de vendeur-polyvalent, que j'occupais - soit désormais tenu - et exclusivement ! - par le gérant lui-même. Et ce, chaque jour ouvrable, et pendant plusieurs mois, lesquels peuvent sembler interminables si les clients-boutiques se comptent sur les doigts d'une main...

Est-ce la volonté du gérant ? [après un temps de réflexion] Les voies du gérant sont impénétrables... [rires] Wait and see, comme disent les Britiches…

En attendant, et jusqu'à nouvel ordre, la boutique doit fermer. D'où votre licenciement économique. Oui.

Mais l'enseigne, La Librairie française, elle, survivra, qui se limitera à vendre des livres sur le Net, par correspondance comme on disait dans le temps.

Ainsi en a décidé son gérant, mon ancien patron, qui transférera  les milliers de volumes du magasin dans un local du XVe lui appartenant et bientôt disponible. Pour ceux qui s'intéressent aux chiffres, ce déménagement lui permettra d'économiser un loyer annuel d'environ 30 000 euros… Ainsi que mon salaire qui, sans être mirobolant (un peu au-dessus du smic), pesait lourdement sur les charges de l'entreprise…

Aviez-vous senti arriver cette sinistre nouvelle ? Honnêtement, non. Car je n'avais pas l'impression, primo, que les ventes par l'internet baissaient depuis un an et, secundo, qu'il y avait moins de monde dans la boutique quand j'y donnais le meilleur de ma verve et de mes méninges, du mardi au samedi, de 12h à 19h - et souvent bien au-delà car, vous connaissez le dicton : quand on aime, on ne compte pas !

Bref, jusqu'à une date récente, j'avais le sentiment, plutôt grisant je l'avoue, de travailler dans un commerce pour le moins «durable» (pour employer un mot à la mode) et, surtout, réellement exceptionnel tant par les ouvrages proposés que par la liberté de ton et d'expression qui y régnait 365 jours par an…

Et par sa chaleur humaine également ! N'oubliez pas ce qu'en a écrit le petit journaleux de Charlie Hebdo venu enquêter anonymement (il portait un masque noir) et haineusement un samedi d'avril 2021 sur les cinq «fachothèques» de Paris - que l'insupportable Castex avait baptisées «commerces essentiels». Ce triste plumitif obsédé par le national-socialisme et les circoncis du 8e jour (toutes ses questions concernaient ces sujets), ce petit personnage a quand même évoqué la LF comme étant sa librairie «préférée», «la plus chaleureuse»…  Oui, je m'en souviens fort bien, ainsi que du jeune couple qui se trouvait présent ce jour-là, sous le drapeau Espoir & Salut de la France exactement. C'était un samedi, en effet, jour où nous organisions des dédicaces, le plus souvent avec des auteurs peu prisés par les librairies conformistes, lesquelles représentent plus de 90% du P.L.F. (Paysage Livresque Français).  

Il est en effet très souvent arrivé qu'il y ait foule le samedi - mais pas seulement ce jour-là ! Oui, c'est vrai, le jour du sabbat, la librairie était parfois bondée de chez bondée. Y compris pendant les périodes où le covid permettait au gouverne-Ment d'asservir le troupeau de moutons dits français, notamment en l'obligeant à porter un masque et à se laver les mains toutes les dix minutes… Mais cette affluence n'a jamais empêché la jeune Jacinthe de jouer à l'oreille du violon au milieu de clients enchantés d'avoir droit à un concert gratuit… Il est vrai que cette musicienne n'est pas vraiment du genre obèse…

Concernant les dédicaces, je pense tout particulièrement à celles de Pierre Hillard, les plus suivies… Vous avez raison ! Pierre était sur la première marche du podium qui comprenait, loin derrière mais avec des chiffres enviables néanmoins, le jeune Adrien Abauzit et l'un de ses admirateurs les plus actifs, le spécialiste de la gnose, Alain Pascal. Le plus étonnant est que la meilleure prestation de Pierre, la plus intéressante pour le CA de la Librairie française, fut celle du 17 septembre dernier, qui survint un peu plus d'une semaine après que le gérant m'eut annoncé sa volonté de fermer la Librairie française ! Comme si le Ciel n'avait pas souhaité un tel abandon...

La cause de ce gigantesque carton hillardien ? Une émission - de trois heures - sur le site Géopolitique profonde, émission qui parut quelques jours seulement avant la dédicace et dans laquelle, entre autres informations, Hillard démontrait avec le brio qu'on lui connaît, les liens ô combien étroits - et nauséabonds - entre la royauté britannique et la franc-maçonnerie...

A la surprise de ceux qui, comme bibi, n'avaient point entendu parler de cette vidéo, une bonne centaine de personnes sont venues ce jour là rue Bartholdi - des petits nouveaux pour 80% d'entre eux ! Le résultat fut que nous épuisâmes, quelques minutes avant l'heure de la fermeture légale, le stock de son dernier ouvrage, Des origines du mondialisme à la Grande Réinitialisation…  Dieu merci, Pierre Hillard étant un grand bavard devant l'Eternel, un grand bavard qui dit toujours des choses intéressantes, ce stock baissa lentement, très lentement, éloignant toute idée de jacquerie chez les clients qui, pour une quinzaine d'entre eux, durent quitter la LF, sur le coup de 20 h 30, sans avoir en main l'ouvrage pour lequel ils s'étaient prioritairement déplacés !

La librairie était toutefois, si je peux me permettre, nettement moins bondée ce jour-là que lors de la venue de Jean-Marie Le Pen le 10 mars 2018 pour la sortie du premier volume de ses Mémoires, Fils de la Nation Bien sûr ! Mais cette séance fut tout-à-fait extraordinaire - souvenez-vous : l'un des trottoirs de la rue Bartholdi n'a pas désempli de l'après-midi ! Car les «merdias» avaient donné de la voix en diffusant un petit message que j'ai encore dans l'oreille : Et pendant que sa fille Marine réunira ses militants en congrès à Lille le samedi 10 mars, Jean-Marie Le Pen, lui, dédicacera le premier volume de ses mémoires dans une petite librairie d'extrême-droite du XVe arrondissement de Paris

Cette invitation est passée plusieurs fois sur des ondes captées par des milliers - millions ? - d'oreilles. Elle a attiré la foule des grands jours et Le Menhir a dédicacé gaillardement de 13h45 à 20h30 sans jamais quitter une seule fois le coin bureau que j'avais nettoyé du sol au plafond pour la circonstance. Succès phénoménal : 400 exemplaires vendus et dédicacés dans la joie et la bonne humeur !

Ce n'était donc pas un samedi comme les autres ! Non, bien sûr ! C'était un samedi unique comme il ne s'en reproduira jamais. Un samedi «historique» comme l'écrivent les journaleux dès qu'un événement sort de l'ordinaire, et qui a offert à la Librairie française un coup de pub exceptionnel !

Et les journées creuses, désertiques, en avez-vous connues ? Forcément ! Mais peu, très peu. Et, si je me souviens bien, elles eurent lieu surtout au début de mon installation. Au tout début. En 2017. Quand je ne connaissais encore personne d'autre que le gérant. Et que j'ignorais quasiment tout du Nouvel Ordre Mondial qui allait se mettre en place sous nos yeux dans les années à venir, conformément à ce qui était écrit dans nombre d'ouvrages que nous vendions et que j'avais du mal à prendre au sérieux !

C'était avant que vous n'ayez pu sympathiser avec vos premiers clients… Oui, car une fois des liens créés avec certaines personnes, j'étais assuré de pouvoir chanter chaque jour (ou presque) l'un des meilleurs tubes de Gilbert Bécaud, une chanson reprise, entre autres, par l'actrice Dany dans le film romantique à souhait de Danièle Thomson Fauteuil d'orchestre : La Solitude, ça n'existe pas

Certes toutes les journées ne se valaient pas sur le plan commercial et certains clients étaient plus généreux avec leurs paroles qu'avec leur portemonnaie ou carte bleue mais, dans l'ensemble, il n'y avait pas lieu de se plaindre et le chiffre d'affaires n'était jamais ridicule, loin s'en faut !

Mais un chiffre d'affaires correct voire bon ne signifie pas une rentabilité (en)viable … Hélas, non ! Nous ne vendons pas des jeans ni des galettes-saucisses ! Il faut savoir que la vente de livres est le commerce de détail le moins juteux du catalogue…  Les marges sont faibles et il y a beaucoup de livres de poche à moins de 10 euros…  Il y a aussi une fâcheuse tendance, si l'on peut dire, concernant les auteurs catholiques anti-libéraux tombés dans le domaine public : plusieurs éditeurs les réimpriment en baissant les prix - d'un ou deux euros, parfois plus - afin de concurrencer les maisons dites «amies»… C'est de bonne guerre, dira-t-on. Mais cela enrichit encore moins les libraires…

D'un certain point de vue, votre survie relevait du miracle ! Oui. Et ce miracle durait. Et a duré presque dix ans. Grâce à un gérant qui acceptait d'être avant tout un militant de la cause «catholico-nationaliste» ou «nationalo-catholique». Merci à lui primo d'avoir créé cette librairie, d'abord sur le Net puis «en vrai», et de l'avoir garnie d'excellents ouvrages tant dans le domaine du catholicisme traditionnel et «sédévacantiste» (Ségur, Delassus, Veuillot, Abauzit, Hecquard...) que celui du Nouvel Ordre Mondial (Séverac, Monast, Plaquevent, Hillard...), de la littérature pratiquée par les «Grands Maudits» de 1945 (Céline, Brasillach, Cousteau, Rebatet...) que du scientifiquement et médicalement incorrects (Raoult, Perronne, Lorgeril...). Sans oublier ceux qui osent toucher aux deux seuls sujets qui fâchent tout particulièrement et qu'il n'est point besoin de nommer (le Docteur Dor, Reynouard, Ryssen, Le Professeur, Soral...). Merci à lui, secundo, d'avoir recruté un chômeur dans mon genre, ce qui ne va jamais de soit quand ledit chômeur a dépassé la cinquantaine… Merci à lui, tertio, d'avoir tenu si longtemps…

Et, je le redis, et le redirai jusqu'à mon dernier souffle, de m'avoir permis de participer à ce miracle pendant cinq années qui, pour moi, auront filé à la vitesse d'un cheval au galop !  

Merci également de m'avoir permis de rencontrer près de cent cinquante personnes dont j'ai les noms et les coordonnées, qu'il s'agisse de clients devenus des amis ou aussi d'auteurs et d'éditeurs aussi différents et intéressants que Pierre Hillard, Hervé Ryssen, Philippe Pichot-Bravard, Jean-Michel Vernochet, Adrien Abauzit, Alain Pascal, Stanislas Berton, Johan Livernette, Lucien Cerise, Sylvain Durain, Louis-Hubert Rémy, Jean-Noël Toubon, Louis de Condé, Jean Plantin, Philippe Randa, Roland Hélie, Xavier Barge alias Papa XV, Philippe Prévost…

Je n'ai jamais traîné les pieds pour venir travailler à la LF, jamais ! et n'y ai jamais vécu une mauvaise journée ! Enfin jusqu'à ce 8 septembre 2022, où le gérant m'a annoncé que le rêve allait bientôt, très bientôt s'arrêter…

La suite au prochain numéro, cher JCG…

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